Clément Lambelet

Cet été, après une visite au festival Alt+1000 à La Rossinière (voir notre chronique), nous avons eu envie d'en savoir plus sur Clément Lambelet, un des cinq lauréats du concours.

Clément Lambelet avait en effet exposé dans le carnotzet en pierre d'une ferme du village Traversée, un film photographique d'un voyage à bord du Transsibérien.

Voici comme l'artiste l'introduit: "A bord du Transmongolien, les étendues glacées de Sibérie chères à Cendrars deviennent arides. C’est depuis un point fixe, à travers la fenêtre du train qu’on voit le paysage se dérouler sur les 709 kilomètres qui séparent Ulaanbaatar – la capitale mongole – de Zamyn-Üüd – poste frontière avec la Chine.

Entre les deux, le désert de Gobi étend un panorama de subtilité. Il semble pétrifié dans son absence de changement, son oubli de spectaculaire. Seuls points d’altitude dans ce paysage minimal, les poteaux longent la voie. Ils s’approchent, se retirent. Ces signes verticaux rythment l’horizon.

Le territoire invite peu à la vie, quelques nomades parfois ou un troupeau de bétail égaré. On se concentre alors sur les détails de la scène : les pierres, le sable, l’herbe, les barrières ou les quelques pistes qui évoluent avec lenteur".

Traversée from Clément Lambelet on Vimeo.

L'esprit voyage au gré des images, les instants du voyage deviennent éternité et étendues à perte de vue. On s'attache aux images, on essaie de déceler la photographie, les mouvements imperceptibles, le changement si lent qu'on a parfois l'impression de l'avoir rêvé. C'est envoûtant.

Clément Lambelet est un jeune photographe, formé à l'ECAL, la fameuse école d'art et de design de Lausanne. Intéressé au départ par le monde du multimédia et du graphisme, il a peu à peu glissé vers le monde de la photographie qui le fascine de plus en plus.

En tant que jeune artiste, un des défis est d'avoir la possibilité de participer à des expositions afin de pouvoir faire découvrir son art. Selon Clément Lambelet, lors des études, les étudiants sont trop peu sensibilisés à la question du marché de l'art et de ses rouages. Il est primordial d'avoir un éclairage sur ce dernier afin de pouvoir percer. Il faut oser, envoyer son dossier et participer à des concours. C'est ainsi que le vent peut tourner et qu'on peut espérer pouvoir trouver un moyen de vivre de son art. 

En attendant, le photographe travaille sur des mandats multimédias et photographiques techniques. Il se fait la main et en parallèle développe une activité professionnelle lucrative qui lui permet de subventionner ses projets artistiques. Il a ainsi récemment participé à un projet pour les éditions Slatkine autour de photographies stéréoscopiques de Genève mises en écho avec des photographies des années 1870-1920; le livre, intitulé Genève en relief & autres faits divers, sortira fin octobre 2015.

Parmi les photographes qui ont marqué Clément Lambelet, on retrouve Robert Franck, qui a, selon lui, révolutionné le monde de la photo, mais aussi Taryn Simon, un artiste qui l'interpelle à chaque fois, ou encore Christian Patterson pour lequel il a un faible pour ses livres photographiques. Pour Clément Lambelet, il est fondamental pour son travail d'artiste d'avoir accès  à tout un corpus de ressources, de pouvoir visiter des expositions, lire des livres de photographies et être immergé dans le monde des images. L'artiste se distingue de l'amateur par la portée et la réflexion qui est mise dans ses photographies, par la mise en lumière ou la distanciation de l'histoire de la photographie. 

Un des derniers travaux de Clément Lambelet est la série Ictus, une magnifique série, hommage à sa grand-mère et au souvenir. Le photographe suit les souvenirs et la disparition de ceux-ci dans la mémoire de sa grand-mère; celle-ci atteinte de l'ictus amnésique, une maladie se définissant par une diminution ou une perte totale de la mémoire, a selon les instants des amnésies passagères qui font s'envoler des pans de son histoire. Clément Lambelet a voulu capturer visuellement ce passage à l'oubli. Pour ce projet, Clément Lambelet a parcouru à plusieurs reprises des photographies avec sa grand-mère et à chaque fois que celle-ci ne se rappelait plus d'un élément de la photo, il le faisait disparaître. "La mémoire de ma grand-mère s'évanouit peu à peu. Reste la famille, quelques réminiscences auxquelles elle s’accroche et ces images, ces albums, mémoire parcellaire, trace d’une vie." Le résultat est beau et poétique!

A l'occasion de cette série, le photographe s'est lancé dans une microédition, à 25 exemplaires, d'ouvrages de 24x34cm, un moyen pour lui de faire découvrir sa photographie sous un autre angle en lui permettant une contextualisation nouvelle, voire différente, d'une exposition.

Clément Lambelet s'attelle maintenant à un projet collectif. Avec Zoé Aubry et Aruna Canevascini, deux camarades de l'ECAL, il va lancer une association pour la promotion de la création visuelle contemporaine (en particulier, autour de la photographie, de la vidéo et des nouveaux médias). Leur objectif est de mettre en avant des projets d'autres artistes autour d'une thématique choisie. Ils vont réaliser leur première exposition accompagnée d'une publication au début de l'année 2016.

A suivre!

Submitted by julie on Thu, 03/09/2015 - 23:01