VERVE/NE

Notre personnalité du mois de janvier, c’est Verveine. C’est qui Verveine ? C’est une jolie blonde à l’allure un tant garçonne qui fait de la musique un tant mystique épique et pleine de mystère. Elle vient de la région de Vevey, bien qu’elle ait décidé de placer son quartier-maître jusqu’à aujourd’hui aux ateliers Décal’Quai. Elle a sorti en décembre 2013 son premier disque PEAKS (disponible en format vinyle et en digital ici). Un premier disque que Verveine a couvé et perfectionné dans chaque détail jusqu’au bout du bout. Je la connais depuis quelque temps déjà étant un habitué de cet endroit sympathique sur le quai numéro 1 de la gare à Montreux. Je décide donc de la rencontrer sur place, dans son local où elle bidouille sur des appareils depuis maintenant des années.

Coucou Verveine, comment ça va aujourd’hui ?

Ça va très bien, et toi David Perez ?

 

Super! Je suis content de t’interviewer. Est-ce qu’on t’a déjà dit que ta musique sans les paroles ferait un magnifique accompagnement de Final Fantasy sur Gameboy ? Je pense à Ouverture, You Can Fall ou même School of Fish, certaines de tes chansons iraient à ravir avec l’entrée d’un boss final. Un peu mystérieux et avec un côté bien épique.

Cette touche qui me fait penser aux jeux vidéo des années 90, est due aux instruments que tu utilises, décris-moi ton set-up complet, si celui-ci n’est pas un secret.

Je travaille pour l'instant uniquement en hardware, c'est-à-dire sans ordinateur. J’ai deux synthés, dont un qui est une sorte d’orgue avec très peu de sons. Ils possèdent de très belles vibrations, très profondes, ils se suffisent à eux-mêmes. L’autre synthé est à pre-sets. J’utilise ce dernier pour les basses, des nappes ou des arpégiateurs. Parmi les maîtres de mon set-up il y a une boîte à rythmes/sampleur/séquenceur avec un looper à 4 pistes séparées, ce qui me permet de créer des breaks et de mixer mes pistes en live. Il y a aussi ma voix et parfois le piano droit classique. D'ailleurs passablement présent sur l'album. Le piano classique est un instrument que j’ai exercé pendant une quinzaine d’années. J’avais envie de continuer à exploiter les sonorités à cordes, chaudes et mécaniques, avec l’électronique, plus froide.

 

Est-ce que tu te considères comme une nostalgique ?

Haha ! Non ! Je vis dans le présent. Mais c’est vrai que ma musique est un peu binaire, un peu sombre. Ces trois dernières années, l’impulsion génitrice d’inspiration était, il est vrai, assez grave, assez obscure.

 

Ça va faire bientôt trois mois que ton disque PEAKS est sorti, qu’est-ce qui a changé depuis ? 

Beaucoup de choses ! La plus importante à mes yeux, c’est l’entourage. Être accompagnée d'un réseau plus professionnel dans le domaine de la musique actuelle. J'ai un peu fait l'ermite pendant toute la conception de Verveine et aujourd'hui de ne plus devoir être sur tous les fronts tels que le booking ou la promotion est un soulagement. D’autant plus que ce sont des métiers à part entière.

 

Est-ce que tu chopes plus depuis que tu as sorti PEAKS?

Et bien sache mon ami David que Verveine ne fait l'amour qu'à ses instruments. Une forme figurée de l'amour, qu'on s'entende.

 

Grosse déception. Pour parler un peu du disque : je t’ai aimé dès l’instant où tu m’as dit que tu sortais un vinyle. Vinyle d’ailleurs très bien pressé, sorti chez Décal’Quai Records (Su su la famille). Est-ce que le fait de sortir un disque vinyle va de pair avec ta manière de produire du son ?

Oui quand même. Mais j’ai quand même fait des codes de téléchargement, pour m’adapter à la demande. Dans l’absolu, j’aurai dû créer UN vinyle, pour moi. En quelque sorte l'archivage sur plaque, de trois ans d'élaboration sonore. J’en ai quand même fait 500. C’est là que se trouve la dualité du musicien. Entre une forme de « mégalomanie » et le besoin de réception du public.

 

Donc, imaginons que tu sors un prochain album l’année prochaine ou dans deux ans, tu penses le sortir exactement de la même manière ?

En format vinyle, oui ! On pourra difficilement me convaincre de faire un CD. Même si la distribution home-made ou gérée par des tiers est compliquée.

 

Est-ce qu’il y a beaucoup de déchets dans ce que tu produis ?

Il y a un wagon de déchets ! Parfois, c’est horrible, parce que je passe des après-midi entiers, des nuits parfois, à improviser. Je considère mon local comme un laboratoire. Mes chansons sont des échantillons de choses que j’assemble, que j’expérimente, et cela m’arrive de les oublier parce que je n’enregistre rien. Il y a quelque chose de très éphémère là derrière. En 4 ans, j’ai dû produire des grosses quantités de sons que je n’ai pas exploitées par la suite.

 

Comment procèdes-tu lorsque tu décides de créer une nouvelle chanson ?

Pour les premières compositions de l’album, les chansons commencent de façon instinctive par le piano. Ensuite, je retranscris ce que j’ai créé avec dix doigts, avec d'autres sons. Cela dit maintenant, je m’éloigne de plus en plus de cette méthode. La part électronique prend de plus en plus d'ampleur dans ce que j'expérimente actuellement.

 

Dans ton album, j’ai repéré plusieurs manières d’utiliser ta voix :

Ne pas l’utiliser (Annelise’s Journey, Eurodance), chanter (Sidestep, July, The Walk), L’utiliser tel un instrument (School of Fish, You Can Fall ‘en partie’)

Est-ce que tu aimes ta voix ?

Je ne sais pas si je l’aime, mais je sais que je peux l’utiliser. Au même titre que le piano, la voix fait partie de mon apprentissage musical depuis que je suis toute petite, donc je l'aborde assez spontanément.

 

Quelle importance ont les textes dans tes chansons ?

Ils n'occupent pas, selon moi, une place assez importante. C'est d'ailleurs sur cet aspect que je m’attelle à travailler pour mes futures compos. Éviter les textes prétextes.

 

Tu chantes en anglais. Le français ce n’est pas assez cool, c’est ça ?

Le français, c'est très cool. Il fait son grand retour ! Cela m'inspire et j'y pense pas mal en ce moment.

 

Oui, je te pose la question parce que je te verrai vraiment bien chanter en français.

Okay, cool ! Alors au boulot !

 

Verveine, ce n’est pas un groupe, c’est toi toute seule. C’est rare, et c’est bien. Donc, tu donnes énormément d’importance à l’image que tu dégages. Où se trouve la frontière entre Joëlle Nicolas et Verveine ? Est-ce que Verveine a pris le dessus sur Joëlle Nicolas ? Ou est-ce Joëlle Nicolas qui dompte Verveine ? Est-ce qu’en fait tu ne sais plus vraiment ?

L’image, je ne la maîtrise pas énormément. Il ne faut pas se laisser gruger par une paire de super pompes ou une casquette sur la tête. Parfois, je me fais bouffer par Verveine, mais c’est aussi là que je puise mon inspiration. C’est l’apanage de mon désir déraisonnable et déraisonné de pousser ce projet… Sans limites.

 

C’est les copines Charlotte Stuby et Maude Gyger qui sont les baronnes de ce magnifique artwork. Artwork qui mêle une forte masculinité avec un côté très raffiné et féminin. Je trouve que c’est fantastique que vous ayez réussi à reproduire cette androgynéité qui te représente jusque dans le design de la couverture. Comment s’est passé le processus de création de cette couverture ?

C’est drôle que tu dises ça parce que je n’avais encore pas entendu ce commentaire. Pour faire la couverture, j’ai tout de suite pensé à Maude et Charlotte, et je leur ai donné carte blanche. Charlotte est une amie d’enfance, on se connaît depuis toutes petites. On a un passé commun important. Maude je l’ai connue par le biais de Charlotte. Elles font partie des personnes qui me connaissent le mieux, donc c’était logique pour moi de leur proposer ce projet juste à la sortie de leur Bachelor à l’ECAL. On a eu très peu de temps pour le faire, mais elles ont été super efficaces puisque c’est le premier visuel que j’ai vu qui m’a conquis le plus et qui forme la couverture de PEAKS.

 

Pour terminer cette interview, on sait que la Verveine est une plante comestible pleine de vertus. Verveine, chère Verveine, décris-moi ton goût et tes vertus.

J’ai un goût intéressant, je pense. Cela doit ressembler à un Calvados avec de la compote de pommes à l’intérieur. Assez sucré et en même temps assez corsé. Et ma vertu c’est d’être un bon passe-temps, et un bon bouche-trou… J'ai bu un peu trop de Calva pour bien répondre à cette question.

 

Merci beaucoup Verveine. Chez italic on te souhaite une bonne année 2014 pleine de trucs fous, de succès, de concerts réussis et de gens dans ton pieu ! À bientôt !

 

VERVE/NE photo: © michel meier combinaison: Lynn Béguelin
VERVE/NE photo: © michel meier combinaison: Lynn Béguelin
VERVE/NE © Fanny Meier
VERVE/NE © Fanny Meier
VERVE/NE © michel meier
VERVE/NE © michel meier