SupaKitch, compositeur de mélodies graphiques

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 Compositeur de mélodies graphiques, SupaKitch fascine foules et médias par son talent multidisciplinaire, naviguant avec aisance et élégance entre les univers graffiti, peinture, mode et tatouage. Né à Paris et vivant à New York, marié à la célèbre artiste Koralie, SupaKitch compte parmi les artistes contemporains influents dont la notoriété s’amplifie à une vitesse enivrante.

 

SUPAKITCH & KORALIE - VÄRLDSKULTUR MUSEET GÖTEBORG from elr°y on Vimeo.

L’entretien sera l’occasion de passer en revue une vie inspirante, riche en rencontres, voyages et projets artistiques, dont la célèbre vidéo au Musée Göteborg avec Koralie, vue par plus d’un million d’internautes cette année.

Il me reçoit dans son atelier à Brooklyn par une belle matinée d’été, avec en fond sonore une playlist inspirante qui donne le ton de l’entretien: agréable et relax, au lendemain d’un vernissage réussi pour sa première exposition dans la Grande Pomme, à la galerie Muriel Guépin.

- propos recueillis en Juin 2011 à New York

 

Supakitch

 

Tes biographies font souvent référence aux mangas et Hip-Hop comme sources d’inspiration - quels sont les éléments qui t’ont le plus marqué?

Le manga est ma plus vieille inspiration et ces dessins animés m’ont beaucoup fasciné petit, avec des séries mythiques comme Goldorak. Même si je ne suis pas un fan acharné de mangas aujourd’hui, c’est toujours resté en moi et cette culture m’a guidé sur un certain trait et une certaine manière de dessiner. La culture Hip-Hop a été une révélation quand je l’ai découverte à 11 ans: une grosse claque, un truc nouveau où je me reconnaissais et m’identifiais. La musique, la danse et le graffiti m’ont fasciné tout de suite, et sans avoir jamais trop dansé (rires), j’ai eu mes premières platines tôt. Le graffiti a été l’élément déterminant, celui où je me suis tout de suite senti à l’aise, où tout me paraissait naturel.
 

A quand remontent tes premiers dessins?

J’ai toujours dessiné, avec des premiers cours à l’école comme tout le monde, 1h par semaine, en obtenant souvent la meilleure moyenne. J’ai vite délaissé la Terminale S par la suite pour m’inscrire dans une école de graphisme. Rarement en cours et souvent dans les rues à graffer, j’ai par ailleurs été arrêté par la BAC (NDLR: Brigade Anti-Criminalité) pendant les épreuves du BAC, en train de graffer à 3h du matin. Les convocations officielles aux examens m’ont permis d’être vite relâché - tant mieux, diplôme obtenu, avec mention en plus!

 

Supakitch

Quelle a été ton expérience de Directeur Artistique (DA) en agence?

Venant d’un milieu modeste cela m’a permis de gagner ma vie rapidement, tout en faisant des choses concrètes. Je savais que j’étais fait pour faire de l’image et la pub me paraissait être la voie à l’époque, avec une éducation nourrie de cultures populaires, de publicité, d’images et d’affiches qu’on voyait à la télé et dans la rue. A l’époque, gagner ma vie avec ma peinture n’était pas quelque chose d'envisageable, je ne pensais pas du tout que cela pouvait être possible! Puis le travail en agence est vite devenu frustrant, avec des décisions plutôt politiques que réellement créatives. Même si les clients étaient très contents de mon travail et les projets étaient toujours rendus à temps, je restais quelqu'un d'ingérable (rires). La grogne s’est amplifiée en interne, avec des questions récurrentes du genre ‘Pourquoi Guillaume a le droit d’arriver à 4h de l’après-midi ??’ et on m’a gentiment conseillé d’être en freelance tout en me donnant du travail. J’ai fonctionné de cette manière pendant quelque temps, jusqu’à ce que je rencontre Koralie.
 

Comment s’est déroulé le passage de la peinture de rue aux toiles?

Koralie m’a beaucoup encouragé et inspiré à peindre sur des toiles. On a fait une première expo ensemble, qui m’a beaucoup plu, on en a fait plusieurs autres par la suite, et mon travail a commencé a prendre plus d’ampleur, tant dans la rue qu’en atelier. Cela devenait de plus en plus difficile de concilier le travail en journée et la peinture le soir, et j’étais torturé tous les matins d’avoir à me lever pour faire des logos de sociétés dont je n’en avais rien à faire. Un choix s’imposait et ce fut la peinture. Dès le jour où cette décision a été prise, tout allait bien chaque matin (rires). Cela fait maintenant 10 ans et j’en vis réellement depuis 3 ou 4 ans. Pas toujours facile, et le succès n’est pas arrivé juste comme ça.

 

Supakitch

Est-ce que tu as toujours eu la foi que ça allait marcher?

J’ai la foi, et si tu ne l’as pas ça ne peut pas marcher. Il m’arrive bien sûr d’avoir des doutes, en même temps c’est ce qui me permet d’avancer et d’évoluer, et c’est un mal pour un bien. Je me rappelle de périodes où il ne nous restait que 10 euros en poche après avoir déposé les enfants chez la nounou, et l’on se demandait si l’on devait acheter de l’essence, des couches ou à manger avec. Même si ces phases ont duré, nous avons toujours été heureux, aussi de pouvoir faire ce dont on avait vraiment envie - une chance énorme dans la vie! On s’aime et l’on aime réellement ce que l’on fait, sans avoir à aller bosser en usine chaque matin, comme des milliers de gens sont malheureusement obligés de faire.
 

D’où vient le nom ‘SupaKitch’?

Lors d’une première expo, en voyant les couleurs vives de mes peintures, une personne s’est écriée qu’elle trouvait cela ‘kitsch’. C’est devenu par la suite une blague entre potes et j’ai décidé de garder le nom, ‘SupaKitch’, comme celui d’un super héros, qui travaille le jour, et possède une deuxième vie la nuit, en allant taguer. J’ai aussi gardé la faute d’orthographe de ‘Kitch’, comme c’est une matière où je n’ai jamais excellé (rires). Une autre définition de ‘kitsch’ m’a aussi plu, qui faisait référence au graffiti pour décrire des choix de couleurs toujours un peu exagérés.

 

Supakitch

Comment est-ce que ton style a évolué ?

J’ai toujours peint des lettres et comme en parallèle j’exerçais le métier de DA, les formes ont évolué vers un style plus graphique et moins ‘street’. Les personnages japonisants et mangas sont arrivés par la suite, laissant un peu moins de place aux lettres. J'ai toujours fait beaucoup de parallèles entre la musique et mon travail, et les couleurs sont pour moi comme le clavier d’un musicien qui crée des mélodies - je fais de même avec les couleurs. Je les aime toutes et j’apprécie le fait de créer des ambiances grâce aux différentes associations possibles. Selon l’humeur, je peut être dans des tons bruns, que je casse avec des couleurs vives par exemple.
 

Que deviennent les 'Supanimals', créatures fantastiques qui peuplent d'habitude tes peintures?

Ils disparaissent peu à peu pour laisser plus de place à l’abstraction, un style qui me permet de mieux représenter la musique.  Ce qui m’intéressait dans ces personnages c’était le parallèle entre nous, êtres humains et civilisés, et nos instincts animaux. La Série des Glaces, avec l’animal en métaphore, faisait allusion à l’addiction dans une société de consommation ou l’on ne sait plus résister à la tentation. Il y a souvent une deuxième lecture dans mes peintures et même si aujourd’hui j’ai minimisé les personnages, je garde les mêmes codes visuels: textures, écailles, fourures, queues et oreilles de renard, etc. qui faisaient déjà référence à la musique. J’aime beaucoup les dessins de disques et sillons aussi, tournant sans fin, avec la sensation visuelle qu’il n’y a pas ni début ni fin.
 

Supakitch

Quelles sont les influences de la musique sur ton travail?

La peinture fait référence à la musique que je pourrais composer plus qu’à celle que j’écoute.  Je fréquente souvent des musiciens et je les regarde composer pour faire de même avec ma peinture. En créant un fond avec texture, j’ajoute, couche par couche, une ligne de basse, des noeuds de fourrure, un arc-en-ciel, comme une mélodie de guitare, avec des étoiles scintillantes en guise de sons de triangle par exemple. Je crée des sons graphiques et compose ainsi une mélodie visuelle, c’est tout le concept de la série ‘Listen to my Pictures’. Sans jamais faire de croquis, même si j’ai des idées en tête, je peins de manière spontanée, en composant au fur et à mesure. Juste reproduire un croquis ne m’intéresse pas et il n’y aurait pas autant de spontanéité ni de fluidité. Peut-être que c’est aussi lié au fait que je sois un peu paresseux, et que cela me prendrait trop de temps de faire des tests avant (rires).  Même lorsque je ne peins pas, je le fais dans ma tête et j’expérimente des choses avec mon imagination. Chaque toile accumule ainsi tout ce qui se passe dans ma vie, en terme d’émotions et sentiments, positifs ou négatifs - la peinture est ma thérapie, mon équilibre!
 

Supakitch

Comment s’est fait le choix de vivre à New-York?

On avait beaucoup voyagé en Europe avec Koralie et la perspective de rester à Montpellier ne nous convenait plus. Vivre à Paris revenait déjà cher à l'époque et l’on avait calculé qu’il devenait plus avantageux du coup d’habiter à NY avec le taux de change. Lors d’un premier voyage à NY avec Koralie, je lui ai d'ailleurs dit que c’était ici qu’on devait vivre - on l’a fait, et c’est sans regret!

C’est LA ville des opportunités et un véritable concentré du monde entier, avec une richesse culturelle fascinante.

Mon travail a fait une énorme évolution depuis, et j’ai la sensation que cette ville m’a révélé et m’a aidé à être moi-même, pour de bon.

 

 Et l’aventure METROPLASTIQUE?

J’ai du prendre un peu de recul par rapport à METROPLASTIQUE avec la peinture et le tatouage à côté. On prend toujours les décisions collectivement avec Koralie, que je peux mieux conseiller depuis, et je dessine toujours mes collections. Sans me considérer comme un ‘designer de mode’ j’adore m’habiller et comme je ne trouve pas les fringues que j’aime, je préfère les dessiner, même si les produits ne sortent qu’un an après. Cette nouvelle aventure dans l’industrie de la mode nous a demandé beaucoup d’investissements, et il nous faut aujourd’hui développer une équipe pour gérer et développer la marque davantage.

 

SupakitchQu’est-ce qui t’as inspiré à faire des tatouages?

Tatouer a toujours été un rêve de gosse, avec une réelle démarche artistique. Enfant, je me dessinais des croix et des têtes de mort partout sur les bras! Tout comme on touche les gens dans la rue à travers nos peintures, on touche les gens directement sur le corps avec le tatouage, tout en gardant une dimension éphémère comme dans le graffiti, le tatouage ne durant que le temps d’une vie. C’est vraiment de l’art contemporain à mes yeux, où la personne devient la toile et l’oeuvre d’art finale. Chaque tattoo que je fais est en conséquence unique et je n’ai pas créé de catalogue d’images en exemple. Je préfère prendre énormément de temps pour parler avec les gens et cerner quel serait le meilleur tatouage pour eux, en référence à leurs histoires et la manière dont ils se confient. Si tu veux te faire un dauphin avec un coucher de soleil par exemple, je te répondrai qu’il serait préférable de voir d’autres tatoueurs sûrement très doués pour ce type de dessins, comme cela n’a pas de liens avec mes univers artistiques.

 

Ou peut-on te retrouver pour une séance tattoo?

Je suis en résidence au salon Bleu Noir à Paris, un lieu très cool où nous partageons les mêmes visions entre tatoueurs. Je ne me serais  pas vu tatouer dans un shop de style métal/ hardcore, rien contre eux mais ce n’est juste pas mon univers. Avec JeyKill et Veenom (NDLR: les autres tatoueurs du salon) nous avons chacun un univers et une personnalité, ils sont aussi illustrateurs et peintres, ce qui crée une bonne énergie et je veux rester dans cette démarche exclusive. Je fais aussi des tatouages dans mon studio ici à Brooklyn.

 

SupakitchUn tatouage qui t’as marqué?
Oui, celui que j’ai fait pour un étudiant en art à Paris, une personne que j’avais inspiré, par le biais de mon travail, à s’investir dans l’art. Il m’avait demandé de lui couvrir l’avant-bras de plumes, et le résultat a été magique avec un très beau rendu, j’en suis presque jaloux et c’est un tattoo que j’aurai bien aimé me faire (rires)! Sa démarche m’a touché et j’étais vraiment honoré. La prochaine expérience forte sera de tatouer Koralie!

 

La pression pour le tatouage de Koralie?
Oui grave (rires) je vais avoir peur, mais c’est excitant aussi. J’ai toujours marché à l’adrénaline, et ça me motive!!
 

Merci SupaKitch pour cet entretien, et très bonne continuation pour tes projets!

- Pictures by Kukka Studio

 

Pour les fans de SupaKitch et ceux qui souhaitent découvrir ses oeuvres, l'exposition 'Clé de Soul' a lieu à la LJ Galerie jusqu'au 26 Novembre 2011 - see you there!

Adresse: 12 Rue des Commines, 75003 Paris
 

Supakitch

 

SupaKitch, compositeur de mélodies graphiques
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