John Dear

John Dear est un projet lausannois qui regroupe 2 rescapés du fameux groupe Zorg qui évoluaient sur scène dans les années 2000. Italic vous propose de les découvrir avec nous, comme si vous étiez en train de prendre un café avec eux au café du Simplon. Brut de fonderie, sans chichi, Catia et Guillaume nous délivrent toutes leurs impressions, leurs doutes et leur passion concernant ce projet très rock.

 

Est-ce que je parle à Guillaume et Catia ou John W. Dear et Alma June ?

Guillaume (G) : ben tout ça à la fois
Catia (C): J’ai envie de dire qu’à 10 heures du matin, derrière une tasse de thé, tu parles plutôt à Guillaume et Catia, ouais
G : on n’avait pas envie d’un nom de groupe, on voulait vraiment le nom d’une personne. Quand on enregistrait la première session d’enregistrement, il y avait une casquette qui trainait dans le studio, de John Deer. Ca m’a fait rigoler je l’ai portée pendant toutes les sessions. Après je me suis rendu compte qu’il y avait un million de gens qui savaient qui était John Deer, sauf qu’ils associaient ça évidemment à un tracteur. Je me suis dit que c’était un nom assez cool, qu’il sonnait déjà de manière naturelle. J’aime finalement que notre musique soit associé à un truc un peu rural, un peu agricole.
Après, l’histoire des noms, ben d’abord je me suis dit que j’allais m’appeler comme ça dans ce projet et finalement c’est devenu le nom du groupe. J’avais envie qu’on change la systématique par rapport à Zorg, c’était super naturel: viens chez nous, c’est nous, bla bla bla. Je voulais pouvoir me projeter dans autre chose, essayer de me donner une autre dimension, que je ne pourrais pas me donner si je m’appelais uniquement Guillaume Wührmann
C : c’était vraiment un jeu, il a mis cette casquette sur la tête et il disait « ouais on va s’appeler John Dear », j’étais là « non on va pas s’appeler John Dear », « heu ouais je vais m’appeler John W. Dear »
et puis on a commencé à délirer, il y avait aussi Sacha (le producteur avec qui ils ont enregistré l’album)
A partir du moment où il a dit ça, c’est comment tu peux t’inventer des histoires, ouais John Dear il serait comme ci, et puis qu’est-ce qu’il ferait dans la vie. Ça nous amusait beaucoup et moi j’étais là, mais je ne veux pas m’appeler John Dear. Alors comment je vais m’appeler.
On n’a pas passé 6 semaines à se raconter des histoires.
Tout ce qu’on faisait était tellement absurde: j’étais derrière une batterie alors que je n’en avais jamais joué, lui il était derrière une guitare électrique avec un ampli. On devait apprendre tellement de choses que c’était un peu dans la lignée, on faisait des choses que l’on avait jamais faites avant, donc autant continuer de délirer
G : ça nous a bien amusés, les quelques fois qu’on en a parlé.

 

Et cette casquette tu l’as toujours du coup ?

G : oui j’ai entamé la collection, j’en ai une qui m’attend, des années 70.
C : c’est génial, les gens commencent à nous envoyer des photos de tracteurs, de livres (« into the wild ») ça marche aussi dans l’imaginaire des gens. On a aussi vu quand on cherche John Dear sur google, c’est un prédicateur américain, ça nous va parfaitement
 

John Dear : est-ce que sa couleur c’est le jaune ?

G : on bosse avec Gaël Faure, notre graphiste. On s’entend hyper bien. Il a carte blanche. Il aime bien la musique, le rock, pas la notre. Enfin il nous aime bien aussi. C’est un vrai créatif. Il nous a proposé ça et nous on a rien à dire. On trouve ça cool
C : on a pu choisir plusieurs couleurs mais on était souvent attiré par le jaune
G : Pourtant c’est de loin pas ma couleur préférée
C : moi non plus mais ça a ce côté « photos du passé », ce truc un peu plein soleil.

Vous parlez souvent d’un yellow house, qu’est-ce que c’est ?

C : La maison jaune c’est en fait notre local de répétition, une petite maisonnette de 13m2. c’est notre royaume ou notre cagibi. Deux à quatre fois par semaine on est là bas.
G : c’est important d’avoir un lieu où je peux me consacrer à mon travail, en dehors de la maison. Ca fait des années que je travaille comme ça . c’est un peu mon bureau. J’ai besoin de m’y sentir bien. C’est tout petit mais il y a une immense fenêtre, je peux y travailler des jours entiers.
Je ne suis pas dans un sous-sol, ça ne pue pas le moisi.

 

Vous stockez quoi dans cette maison ?

G: Plusieurs guitares, un ou deux amplis. On serait trois on serait dans la merde.
C: C’est vrai, quand il y a des gens qui viennent nous voir, on ne sait plus où marcher. C’est assez réduit.
G: Comme on a fini la compo, on va vraiment commencer à la jouer ça va vite vraiment devenir trop petit pour vraiment répéter. Je pense qu’on va se flinguer les oreilles
C : c’est déjà le cas, on a répété quand même, toi t’es déjà bientôt sourd. C’est également un endroit auquel je m’y suis attachée, c’est là où j’ai appris à jouer de la batterie. Ca change de ne pas être dans un sous-sol et d’être à la lumière du jour.
G : quand tu bosses toute la journée, des fois tu arrives à 9h, tu pars à 10h du soir, tu as oublié de manger, dans un sous-sol c’est nettement moins glamour.
C : L’avantage de ce local est qu’il fait -15 en hiver et 36 en été. Cet hiver ça a été, mais l’été on déguste pas mal.
G : 41 il y a 2 ans. Tu prends ta guitare et tu as l’impression d’être dans un hammam.

 

Vous avez l’air de bien vous entendre, d’être assez complices. N’y a-t-il jamais des moments où vous avez envie de vous taper dessus dans un si petit espace ?

G : ben non, si on se fout dessus, il y a la Bossette juste à côté. Et puis on est au centre ville.
C : il y a une vraie vie de quartier, on sort discuter avec le graphiste à côté, les serveurs de la Bossette qui sont dehors, il y a le label Irascible qui est à 2 mètres.
G : moi quand j’arrive je perds une heure parce que je vais discuter avec les gens
C’est vrai qu’en été, quand il fait super chaud, et que ça fait une heure que tu répètes, c’est vrai que tu peux être à fleur de peau. Tu as tellement donné que tu dois sortir, t’éjecter, et ça fait rire les gens de la Bossette, de nous voir sortir tout rouge, tout dégoulinant.
 

 

Ce projet John Dear, est-ce que c’était quelque chose que vous aviez besoin de faire ? Vous avez eu Zorg, vos vies, et un jour vous vous êtes dit j’ai envie à nouveau de refaire ça ?

G : ce qui me perturbe, j’ai envie de te dire que, non, je voulais vraiment arrêter. Mais en fait ce truc, quand c’est en toi, visiblement c’est plus fort que tout. Je ne peux pas me l’expliquer. Je ne sais pas ce qui m’a donné envie, enfin oui, je sais très bien. Mais en même temps en le faisant, il y a tellement eu de moments où j’étais là « mais pourquoi t’as fait ça », « t’es dans la merde » dans la mesure où ça prend beaucoup d’énergie. Quand t’es dans la compo, et qu’il faut que tu mettes en place un univers, que tu puisses te projeter dans quelque chose, ça te prend la tête 24h sur 24.
Et même quand tu fais autre chose ça te prend la tête. A certains moments c’est juste trop. Mais ce n’est pas possible autrement. Comme je te dis, j’ai l’impression que c’est au delà de moi, faire de la musique, écrire des chansons, je pense que c’est vraiment ça mon job. Et de les interpréter c’est vraiment ça que je kiffe.
J’avais fait une longue pause, je n’ai pas touché de guitare pendant plus de deux ans. J’avais l’impression d’être libéré de ce truc. Et puis quand ça revient c’est « ouah ».J’ai enchainé 15 ans, je compose je tourne. Et après toutes ces années se donner une chance, comme si tu l’avais jamais fait. c’est assez cool.

Donc c’est plutôt toi Guillaume qui compose les chansons sur cet album

C : Guillaume c’est la locomotive
G : alors je pense que ce sur ce projet, je crois que je peux le dire « c’est vraiment moi qui a tout fait, ouais (rires) C’est le premier album où je réalise tout de A à Z

 

Et toi Catia, tu as quand même ton mot à dire ?

C : j’allais dire de A à W-, oui bien sûr
G : il faut quand même qu’elle fasse attention. Elle n’a pas beaucoup de joker.
C : dans Zorg c’était déjà lui qui amenait les idées de base (musique et voix) et Totor était l’arrangeur. Là c’est lui qui s’est retrouvé à tout faire. Moi je suis intervenue comme dans Zorg, un peu dans les mots, une sorte de ping pong. Moi j’ai pu amener cet avis d’une oreille extérieure, où tout à coup, si il hésite entre deux trucs, je lui dirai celui que je préfère.
G : je lui laisse toujours croire un peu ces trucs.
C : hey, qui c’est qui a eu de bonnes idées au dernier enregistrement justement? J’ai toujours été un bon wagon et une très mauvaise locomotive. Une fois de plus, quand on a commencé Zorg, moi je n’avais jamais chanter. Ici j’avais énormément à faire pour apprendre à jouer de la batterie. ça prend une énergie de fou. Donc après j’amène quelques idées mais c’est presque du hasard.
Ce qui a été cool, après la pause, c’est qu’on reprenait de rien. Guillaume avait une nouvelle guitare, un nouvel ampli, moi j’étais devant ma caisse. Et puis on disait 1, 2, 3 et 4 et on y allait. Ca partait en larsen, enfin c’était drôle
G : j’ai l’impression que c’était une condition sine qua non pour que ça puisse vraiment fonctionner et qu’on aille au bout. ça a amené une chilliée de fraicheur dans l’affaire, qui fait oublier un peu tout ce que tu as fait précédemment. Dans ces projets créatifs, au bout d’un moment, il y a mille paramètres qui se mettent en place, mais sans toi. On a expérimenté ce truc à fond. Comme un surfeur qui prend la bonne vague, tu sens que, peu importe ce qui se passe, tu ne vas pas tomber. Il y a un espèce d’équilibre qui s’installe. Et là on y allait par étape. Tout le monde devait apprendre, surtout Catia. Ensuite il faut se préparer pour les premiers concerts qui arrivent. Puis des nouveaux morceaux suite à la premier série de morceaux, les exigences s’élèvent toujours un peu. Finalement on a vraiment construit le truc palier par palier jusqu’à ce qu’on arrive à la réalisation. On a travaillé comme des fous furieux les quatre derniers mois avant l’enregistrement.
Il faut s’imaginer que c’est minimum 30 heures de répétition par semaine. Sur deux semaines, l’enregistrement des voix représentent une soixantaine d’heure de chant. Mais cela valait la peine car lorsqu’on se retrouve en studio, tout le boulot en amont a été fait et on pouvait se concentrer sur le truc intéressant : l’interprétation de ces chansons. Je suis très content de cet enregistrement car c’est la première fois qu’on touche à ça

 

Y a-t-il eu des moments de doute pendant ta période d’apprentissage de la batterie ?

C :  au tout début il y avait une certaine naïveté, un peu « ah ouais, excellent, je vais taper » et puis si j’arrive à faire boum tchao, « ouais super » .  Tu t’aperçois, comme disait Guillaume, que les exigences montent. Et tu réussis à faire ton boum tchack et tu dis « heu c’est incroyable » , tu as presque l’impression d’être dieu, mais en fait tu te rends compte que ton bras gauche doit être en même temps que ton pied droit, et ci et ça.
Chaque fois tu réussis à passer des paliers. Par exemple, pour les premiers live qu’on a du faire, j’ai vraiment du apprendre ces morceaux. Et il y a des trucs sur lesquels tu coinces, et tu es là, non mais je vais jamais y arriver. Trois semaines plus tard tu te dis, ah mais c’était sur quoi déjà que je bloquais, tu ne t’en rappelles plus et tu comprends que tu as passé un palier et que c’est trop incroyable. Trois semaines après, c’est un autre truc. Tu as Guillaume qui te dit, ouais non mais en fait, ça ça va pas, et puis faut que tu ci, et ça.
On était censé enregistrer en novembre, et clairement ça n’allait pas. J’en étais au moment où je subissais les morceaux. C’était rude de se dire que c’était à cause de moi qu’il fallait retarder l’enregistrement, et cette peur d’arriver en studio, où tu entends tout ce que tu fais et que je me rende compte que je ne suis pas tout régulière.
J’ai toujours été une fainéante - Guillaume confirme -. La première partie des Black Angels, on l’a su trois semaines avant. C’était tellement improbable que j’en ai encore des frissons. Tu es tellement paniqué que le seul truc auquel tu peux te raccrocher est le travail. C’est vraiment ce que j’ai appris. Dès que j’ai des doutes, la solution est le travail. Ensuite on est arrivé en studio bien préparé, et on pouvait se concentrer sur l’interprétation. J’avais l’impression qu’il y avait un petit lutin qui enregistrait mes parties durant la nuit. On a fait des prises en live qu’on a gardé.
G : on l’a fait 70’s style, pas de retouche, il n’y a pas d’édition. Ce que tu écoutes est ce qu’on vient de jouer.
C : Et moi j’entendais ça. Et au delà de moi et de mon égo, ma tête ne pouvait pas comprendre que mon corps y arrivait. Au lieu de sombrer lors de ces moments de doute et de baliser, je travaillais, la batterie est assez physique et je me disais « pense pas mais fais ». et une fois que tu arrives au moment M, tu as cette assise qui t’assure que quoi qu’il se passe tu as travaillé et tu as fait fout ce qu’il était possible de faire.
Mais d’autres gros moments de doute vont arriver, on va faire du live, je vais avoir envie de progresser.
G : Ouais et puis tu vas pas nous faire la même merde sur le prochain album
C : haha, je te remercie

 

Vous avez déjà fait pas mal de scènes, Bad Bonn, la première partie des Black Angels aux Docks, Lausanne’s Burning

G : oui et là on se réjouit ça va démarrer

J’ai une photo à vous montrer, elle a été prise aux Docks, et j’aimerai avoir tes impressions quand tu la regardes.

G : ah je savais que ce serait celle là
C : Ca y est j’ai des frissons de nouveau.
G : ca c’est une meuf vraiment gonflée ! Elle pense à lever le bras au lieu de se concentrer sur ce qu’elle va jouer
C : toute cette histoire est hallucinante. Comme je le disais : on est sorti de notre local de douze mètres carrés pour se retrouver pour la première fois sur cette énorme scène des Docks. C’est hallucinant tu donnes deux coups de grosse caisse et la sono est telle que tu dis Ah ouais ça va le faire. Et faut surtout pas y penser, tu joues le tout pour le tout. Les trois premiers morceaux on était hyper concentrés, moi à me dire où je dois taper. Et à un moment on s’est planté, ça a fait bleeuuup, puis on a rigolé et on a repris. Après ça tu te mets dans le trip. Parfois je vois des photos de moi dans des positions pas possible à chanter pour Zorg, et je suis là, ouais… bon. Heureusement il n’y a pas le son, c’est ma chance. C’est ce moment où tu vis le moment , en train de te jeter dans le vide, donc autant le faire avec allure. Les photos de Guillaume sont aussi invraisemblables. Voilà.

La scène vous est-elle nécessaire ?

C : oui
G : c’est là où cette musique prend forme, où elle vit. Maintenant qu’on a fait tous ces efforts, ça nous a pris le temps qu’on a pris, il faut qu’on parte en vacances. J’ai vraiment envie de jouer tout le temps. Et ce rapport au public. Cette option que l’on s’est donnée de raconter cette histoire à deux implique un rapport particulier avec les gens. On marche sur un fil. Il faut se comprendre, il faut être ensemble. C’est vachement intéressant. il n’y a pas d’acquis sur lesquels on peut se reposer. tu remets tout sur le tapis chaque fois que tu vas jouer. C’est quelque chose de tellement fun à faire.
C : On avait pas fait de scène depuis longtemps, ça me manquait. On voulait prendre les gens et les mettre dans une bulle et avoir quelque chose qui flotte avec Zorg. Maintenant j’ai envie d’avoir les gens ici devant. Par exemple au for noise, la scène est haute comme ça, c’était bien rempli, il faisait très chaud, en deux secondes tu dégoulines. J’ai vachement envie de ça, ce coté très direct.

Jouer à Lausanne devant les amis, c’est comment ? Y a-t-il une salle où vous aimeriez spécialement vous produire ?

G : jouer à Lausanne c’est super mais de faire les deux premières parties à Lausanne et Pully c’était mezzo super. Tous tes potes sont là, tu n’as pas le mêmes relâchement que tu pourrais avoir, à moins d’être en tournée avec 20 ou 30 dates derrière toi. Sur ces premières c’était un peu stressant, tu es plutôt à te dire « mais pourquoi on doit jouer là »
C : le For Noise c’était intéressant parce que l’Abraxas c’est quand même une petite salle. Le nombre de gens qui m’ont dit je vous ai vu, c’était à se demander combien ils étaient dans cette salle. Avant d’y aller tu as vachement peur et en même temps c’est cool d’avoir les échos de pas mal de gens qui sont passés par là et qui ont été curieux de venir nous voir. C’est gratifiant mais ça fout les boules.
Pour l’endroit mythique où on aimerait jouer …
G : ben il y en a partout. Je sais pas Madison Square Garden. Mais en Suisse je kiferais à mort de jouer avec ce projet dans une salle à Berne qui s’appelle Mühle Hunziken. C’est un vieux moulin qui a été racheté par un mec. Il a refait tout l’endroit. Il est sur plusieurs étages, et la scène est posée en bas. et tu regardes le concert depuis les balcons. Quand tu arrives tu peux déjà passer une demi journée dans le jardin tellement il y a des trucs cachés partout. Moi j’adore cette salle. Pis on devait le faire avec Zorg et je ne sais pas pourquoi on ne l’a pas fait. Horreur et damnation. J’espère qu’on le fera avec John Dear.

 

Vous êtes en enregistrement à la Fonderie. Ou en êtes vous ?

G : on a fait une semaine en janvier pour toute la musique. On devait faire 6 titres finalement on n’en a fait 9. La semaine passée j’ai fait les voix en une demi journée. Dimanche Catia fait les backs. On a une chanteuse gospel qui s’appelle Tissa qui va venir faire quelques refrains. On commence le mixage le 6 mars. Fin mars au plus tard c’est réglé.

 

L’année passée, lors d’une interview en août, vous pensiez le sortir en février. Pourquoi ce retard ?

G : on a des vies, c’est notre priorité, notre job, mais ces dernières années ce n’est pas ça qui nous faisait manger. Et comme tout repose sur moi, y a un moment l’animal fatigue aussi. La finalisation des morceaux a pris plus de temps. on aurait fait une connerie de respecter les délais qu’on s’était fixé. on voulait faire des pré prod avec Sacha pour préparer les arrangements, voir ce que lui pouvait amener.
C : il nous disait "il ne faut pas savoir seulement les morceaux par coeur, il faut les jouer et les vivre". C’est une des meilleures phrases qu’il nous ait sorti
G: Il sort souvent de bonnes phrases. Il est fort Sasha Ruffieux

 

D’où vient le financement de l’album ? est-ce que le label Irascible participe ?

G : Irascible nous a donné un coup de main pour la recherche de subvention. Tout ce qu’on a fait jusqu’à présent a été payé par la ville et le canton. ll faut qu’on paie l’image, le pressage, on va passer par du crowdfunding aussi.

 

Est-ce qu’aujourd’hui il vaut encore la peine de sortir un album ?

G : à part pour ton kif ? je sais pas je te dirais mais je pense pas on s’en fout. Tout le monde sait que le système ne marche plus mais il a pas changé. Tu dois encore faire comme avant. On va surtout presser du vinyle, bosser avec un bon graphiste. Le drive ce n’est plus de vendre des disques mais de vendre du live pour que ça existe comme ça. A l’heure actuelle y a mille manières de gagner un peu ta vie en faisant ça. Mais c’est assez déprimant d’y penser. Le deal est simple si on est pas d’accord on ne ferait pas.

 

Vous êtes sur les réseaux sociaux. Ce qui est marrant c’est que John Dear est un profil (d’une personne) et non une page. Choix délibéré ?

C : ben oui c’est tellement une entité qui sort de nulle part. Ce projet s’appelle John Dear et je trouvais cool que ce soit un profil. Que tu puisses le demander en ami. Pour avoir des likes j’ai l’impression qu’il faut déjà avoir quelque chose alors que là John Dear sortait de nulle part. Ca me paraissait plus normal de procéder comme ça

 

L’entité est partagée entre les deux ?

C : oui je le vois comme un vaisseau spatial dans lequel les deux on monte. John Dear c’est aussi le truc derrière lequel je me cache ou je fais partie.

 

Tu es aussi active sur Instagram. Tu maitrises ces outils ?

C : moi je suis une accro. La réalité virtuelle correspond bien à mon caractère de ne pas être en mouvement physiquement mais de pouvoir voyager virtuellement. Voir défiler la vie des autres sans bouger me va bien. J’ai toujours eu cette frustration de ne pas pouvoir dessiner, et tout à coup, en ayant la possibilité de faire des photos c’est de raconter quelque chose sans les mots.
A mesure je m’intéresse aux réseaux sociaux parce que ça me plait. Dans les jobs alimentaires que je fais, je m’occupe de pages facebook. J’apprends des choses.
G : moi j’aime bien faire de la musique alors je ne m’occupe pas du tout de tout ça. A un moment il faut se répartir les tâches. Ca ne sert à rien de se disperser.
C : les tâches se sont partagées naturellement. On sait comment ça fonctionne.
G : faire de la musique avec des gens c’est assez facile. Mais mener un projet c’est ça la difficulté. Depuis le temps qu’on fait ça ensemble, on n’a plus besoin de parler.

 

Vous avez fait un clip video pour « until it bleeds ». Comment est venue l’idée de prendre des images d'un road trip américain pour en faire en clip ?

C : Je suis partie faire un road trip aux Etats Unis. Quand je roulais en direction de l’est pendant plusieurs jours, je prenais mon iPhone et je le posais et j’avais plein de trucs qui défilaient. On a un ami proche qui fait des montages, je lui ai parlé de l’idée, il a pris mes images. Il a vécu aux US et a bossé dans le cinéma, il a demandé à ses potes de lui envoyer des images et il a fait un montage invraisemblable pour le clip

 

Sur « heavy dance », tu as juste la voix, la guitare et la batterie. D’où vient ce son distordu, assez gras ?

G : on a commencé ce projet on avait un pote qui travaillait dans le théâtre. On cherchait un local, et il a amené son mats. un vieil ampli fender bassman des années 70. et ensuite une Gibson Firebird qui m’est tombé dessus. Et paf. Et j’ai beaucoup d’amis qui m’ont donné beaucoup de conseil. Au fur et à mesure j’ai appris à dompter le truc. Après un moment tu te prends au jeu quand tu entends les gens dire « ton son il déchire » Toute ma vie j’ai été un immense fan de blues
et j’aime ce son là. C’est plus crunchy que vraiment de la disco
C : on a toujours bien aimé les graves
G : j’écrivais les morceaux en sachant qu’il n’y aurai pas de basse. Ce qui donne le coté fat c’est la partie couplet où je ne joue que sur les 3 cordes graves. A des moments j’ai l’impression que c’est une basse et pas une guitare. On a trouvé le bon set en studio, et j’ai trouvé un bon équilibre en live.

 

Une dernière question : pourquoi chanter en anglais ?

G : c’est impossible autrement. Je déteste le 99.8% de la musique francophone et pis alors en rock. Je vais pas citer ceux que j’aime bien parce que ça va situer mon âge. Et surtout le blues et le rock, impossible autrement.
C : il y en a qui font ça très bien, c’est juste que ça peut sonner assez vite kitsch.
G : chaque langue a sa musique. J’ai essayé de chanter en français mais les mots ne résonnent pas de la même manière. Tu as des contraintes pour l’écriture, au niveau du rythme aussi.

Un single va sortir en été et l’album sera disponible en septembre.
Merci à Guillaume et Catia.

John Dear
John Dear
Alma June aka Catia (c) Thomas Ebert Photographie
Alma June aka Catia (c) Thomas Ebert Photographie
John W. Dear aka Guillaume (c) Thomas Ebert Photographie
John W. Dear aka Guillaume (c) Thomas Ebert Photographie
John Dear aux Docks (c) Thomas Ebert Photographie
John Dear aux Docks (c) Thomas Ebert Photographie