Davide Oppizzi

Submitted by julie on Tue, 30/04/2013 - 23:23

Design, espace, lumières, partons à la rencontre de l'artiste Davide Oppizzi, homme aux multiples talents.

Davide Oppizzi est né en Suisse en 1971. Dès son enfance, immergé dans les couleurs et les formes de la nature, il adore observer.

"Quand j'étais petit, à 12 ans, j'adorais faire des petits musées chez moi, avec des objets, magnifiés, mis en avant. Et ça a continué ensuite de 12 à 22 ans où dans une troupe de théâtre, j'ai commencé à élaborer des projets scénographiques. Finalement, la scénographie, c'est la mise en scène de plusieurs objets. On trouvait toujours cette motivation à magnifier les formes et les matières pour les rendre attractives. C'est ainsi que du monde théâtral qui a nourri toute mon adolescence, je suis passé aux Arts décoratifs où je me suis senti comme un poisson dans l'eau (tout en faisant des études para-médicales pour avoir un métier "consistant").

Parce qu’il y avait toute la matière nécessaire. Depuis là, je reprends la phrase de Confucius qui dit « Faites un travail que vous aimez, vous n’aurez plus à travailler un seul jour de votre vie ». C’est ainsi depuis que j’ai été dans ce milieu-là. C’est comme une impression d’offrir sans arrêt des nouvelles stimulations de sens dans la créativité qui est selon moi un des supports bien précieux".

En 2001 à Genève, Davide Oppizzi crée Dcube, sa propre société d’architecture et de création d’objets. Il porte ainsi ses créations à l’échelle internationale, notamment grâce à son vif intérêt pour la mode, l’architecture d’intérieur, l’agencement commercial, la lumière, l’univers du bain et des technologies vertes.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus ?

"Tout, le monde illimité, il y a quelque chose de fascinant là-dedans, d’effrayant à la fois, de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Toutes les inspirations matérielles du monde, du monde végétal, du monde naturel, du comportement urbain.

Tout est source d’inspiration mais je dirais que le design c’est avant tout de l’ouverture, la soif d’observation, des détails, une curiosité très forte. C’est saisir des moments sans forcer. C’est un peu comme aller au marché et faire un panier de tout ce qu’on expérimente autour de soi et finalement, quand on arrive au studio et qu’on veut être créatif, il n’y a pas à retourner au marché, il y a toute cette essence qui est là. On va cuisiner avec ce qu’on a sur le moment et ce qu’on a réussi à capter tout autour de nous. Moi qui enseigne dans deux écoles d’art, je dis toujours aux élèves que la véritable création naît rarement du « déjà créé », à savoir qu’à un moment donné on va s’inspirer des choses qui sont déjà créées autour de nous mais elles vont passer dans notre moulinette de notre personnalité. C’est en transcendant nos peurs qu’on va réussir à mettre sur papier quelque chose qui certes à une origine du « déjà créé » mais dont tout se mélange. On dit souvent qu’on n’a rien créé et qu’on ne fait qu’interpréter mais la vraie création a un caractère plus profond, quelque chose qui naît d’un instinct, d’un sentiment.

Si on parle de tendance, je suis admiratif des tendances mais j’ai plus un travail où j’essaie de créer ma propre tendance, à savoir que j’essaie de mettre en avant ce que mes cinq sens ont perçu et non de créer en ayant peur de plaire, en voulant reproduire la ènième lampe façon Tom Dixon. On peut s’inspirer du travail des designers confirmés mais on doit arriver à trouver sa propre ligne personnelle."

Que représente la Suisse dans le milieu du design ?

"Je n’ai pas été tant connecté au milieu du design suisse hormis le fait de connaître très bien tous les mouvements, enseignant moi-même dans deux écoles, à la HEAD à Genève et à l’Ecole supérieure de visual merchandising. On a réussi à trouver en Suisse, une préciosité entre deux montagnes, le Nord et le Sud. Quand je vois des travaux en Suisse, il y a toujours de la précision, de la finesse, de la parodie également, de l’humour.

Si je reprends mon autre côté, étant moitié italien, moitié suisse, il y a un côté de l’effet cloud, les objets dessinés aujourd’hui me paraissent dématérialisés, fragiles, j’ai toujours en tête ces tendances de bois naturel et en même temps. Il y a un côté impermanent qui vient de cette culture internet , qui peut être problématique car on produit de plus en plus des objets à la vie éphémère qui ne sont pas pérennes, avec une obsolescence programmée certaine.

Le seul reproche que je pourrais faire au design suisse, c’est qu’il s’inspire en même temps d’une tendance très portée sur l’art contemporain, basée sur la notion du concept, et on en perd presque l’idée du besoin primaire essentiel, qui contient une sorte de solidité, de durée de vie. Il y a quelque chose de trop éphémère pour moi aujourd’hui. On parle même d’écologie dans ce cas, ce sont des aspects très importants que de comment percevoir le design aujourd’hui en Suisse.

J’ai travaillé beaucoup à l’étranger mais en Suisse, ont émergé des designers, comme le Studio Oï, où on sent une grande force, une maturité en Suisse liée directement à la faisabilité des choses. On est un très petit pays avec plein de ressources à portée de main et c’est une valeur magnifique et je crois qu’il n’y a pas encore assez d’investisseurs qui ont compris qu’il  y a des forces fantastiques ici."

Y a-t-il une identité suisse parmi les designers ?

"Oui, clairement la vision du designer suisse passe par des grandes influences, l’influence de l’art contemporain dans lequel elle s’inscrit de manière relativement forte qui a influencé beaucoup d’écoles comme l’ECAL à Lausanne. On en a joué en travaillant une renommée d’école mais pour autant, il y a plus d’invités renommés que de designers réellement renommés qui sortent du lot. Ces mêmes gens-là doivent s’expatrier pour vraiment pouvoir fleurir. Les designers qui s’expatrient vont rencontrer l’opportunité ailleurs, ce qui est un peu dommage, il y a une fuite du savoir.

Je crois que l’identité suisse se retrouve du coup à l’étranger. C’est-à-dire qu’on la retrouve dans ce savoir-faire, cette consistance profonde du souci des détails, du souci des finitions, des technologies, du souci qualitatif typique du travail des manufactures horlogères.

Le design suisse commence vraiment aujourd’hui à avoir une grande valeur mais la prise de risques des gens n’est pas encore relativement forte alors que dans d’autres pays (Italie, France,…), on offre une crédibilité aussi grande au designer qu’à l’architecte. En Suisse, on ne sait pas comment accéder au monde de l’industrie, limité à l’horlogerie et de la micro-mécanique, à l’exception de marques comme Nespresso. Les grandes mouvances suisses se passent à l’étranger. Le regard de valorisation à l’extérieur du pays est beaucoup plus fort, qu’à l’intérieur du pays. C’est dû à une concurrence territoriale, il y a trop de gens à proximité, alors que quand on s ‘exporte, on a une valeur plus unique".

image Montly Personality