Anoush Abrar & Aimée Hoving

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Anoush Abrar et Aimée Hoving font partie de ces grands duos de photographes qui comptent, tels que Mert & Marcus ou encore Inez van Lamsweerde & Vinoodh Matadin. Ils viennent d’être sélectionnés au Festival International de la Photographie de Mode de Cannes, ils ont par le passé été primés à de multiples reprises, enfin ils sont exposés de par le monde, de Zurich à New York en passant par Paris, Boston ou Londres et ils sont publiés dans les plus prestigieux magazines tels que Vogue, L’Officiel ou encore W. Leurs photos nous emballent et nous interpellent. Comment ne pas les rencontrer?

Nous rencontrons Anoush Abrar à Genève entre deux shootings. Il nous parle de sa collaboration avec Aimée Hoving et de leur manière de fonctionner comme duo de photographes : "Nous nous sommes rencontrés lors de nos études à l’ECAL, la Haute école d'arts appliqués de Lausanne. Nous collaborons ensemble depuis 2004. Bien que nous ayons chacun notre propre regard artistique, nous nous complétons bien, elle avec sa touche plus glamour et moi avec une touche plus sombre, dark, deux aspects qui se combinent très bien pour la photographie de mode.

"Nous travaillons vraiment en équipe. Au début d’un projet photographique, nous réfléchissons ensemble au projet, à l’univers que nous souhaitons montrer. Ensuite, une fois que nous avons identifié dans les grandes lignes le projet que nous souhaitons, chacun a ses propres tâches : Aimée s’occupe plus de tout ce qui est la production de la série de photographies, à savoir que notamment, elle cherche des lieux de prises de vue, met en place l’équipe qui va nous accompagner sur le shooting, prévoit les accessoires. De mon côté, je m’occupe de tous les aspects techniques qui sont liés à un shooting, je choisis ainsi le type d’appareils photos que nous allons utiliser, les objectifs, pense aux éclairages,… Quand nous arrivons sur le lieu du shooting, nous avons déjà les images dans notre tête, il ne reste plus qu’à les capturer.

"Il faut se rendre compte en effet qu’un shooting photo implique une grande préparation en amont. Nous créons toujours une petite fiche, sur laquelle nous posons par écrit nos idées, puis l’agrémentons de quelques textes qui nous inspirent et d’images tirées de magazines, de livres, de films, qui vont permettre de mieux identifier l’univers que nous allons explorer et servir de support au travail qui devra être fait par le reste de l’équipe du shooting (styliste, coiffeur, maquilleur,…)".

Expliquez-nous comment se passe la collaboration avec les magazines de mode.

"En principe, les magazines nous donnent des directions, p.ex. ils veulent nous voir développer un sujet autour des imprimés ou de la fourrure, ou alors ils veulent une série en bord de mer, mais cela arrive aussi qu'ils nous donnent carte blanche lorsque nous avons déjà travaillés avec eux et qu'ils nous font confiance. Il faut se rendre compte que plus un photographe de mode est célèbre, plus il est libre dans son travail. C'est ainsi le propre de tout photographe de chercher à être reconnu sur la scène internationale de la photographie, car cela lui permet de vivre de son art, d'exprimer son regard personnel et artistique, sans les contraintes imposées au débutant, et de laisser libre court à son inventivité.

"Lorsque nous recevons un thème, nous faisons de longues recherches pour trouver ce qui a déjà été fait dans le passé par d'autres photographes. Cela nous donne des bonnes indications sur ce qui fonctionne vraiment bien et sur ce qui ne marche pas du tout, on gagne ainsi beaucoup de temps et on peut ainsi cadrer la direction dans laquelle on souhaite aller et proposer une piste d'idées plus précise au magazine. En général, une série de photos de mode nous mobilise entre deux semaines et un mois, de la réflexion initiale sur le projet à la finalisation du traitement des images.

Et la Suisse, est-elle un bon terreau pour la photographie de mode?"

"Malheureusement pas... La photographie de mode nécessite de pouvoir collaborer avec les meilleurs artistes (styliste, maquilleur, coiffeur). Or, dès que des artistes locaux deviennent célèbres, ils s'envolent pour de nouveaux cieux, comme Londres ou New York, les lieux où TOUT se passe et où l'on peut se frotter aux meilleurs. De mon côté, j'ai d'ailleurs pris la décision de m'installer à Londres pour moi aussi tenter l'aventure. Aimée restera en Suisse mais nous continuerons à travailler ensemble, faisant simplement un peu plus de voyages. Nous développerons ainsi chacun nos projets individuels de notre côté puis travaillerons ensemble pour certains projets ciblés."

Quels médias artistiques vous inspirent le plus?

"Nous nous laissons inspirer par tous les médias artistiques. Nous visitons très régulièrement des expositions de photographie mais aussi de peinture en Suisse et à l'étranger. Nous ne manquons pas une occasion de découvrir de nouveaux artistes et de nous confronter à plusieurs styles. Finalement, le moindre détail peut nous donner de l'inspiration pour un futur travail. L'oeil est toujours alerte. Par exemple, même en regardant des séries télévisées, on peut tirer des idées de traitement de l'image, de travail sur la lumière et les ombres. Ainsi, j'ai par exemple toujours beaucoup apprécié regarder X-Files ou encore The Shield, qui ont un magnifique travail de l'image."

On remarque dans votre travail un intérêt pour les séries photographiques autour de groupes et communautés. Qu'est-ce qui vous attire dans ce genre de séries?

"D'une part, la forme de la série est une forme qui a toujours été prisée par les photographes. Rappelez-vous notamment les séries de Bernd et Hilla Becher avec leurs photographies frontales d'installations industrielles. Dans la photographie de mode, c'est encore plus le cas, les magazines demandant presque toujours des séries qui permettent une belle mise en valeur de tendances vestimentaires.

D'autre part, nous avons toujours aimé partir à la rencontre des gens et des communautés. La photographie nous permet ainsi de faire d'une certaine manière une analyse sociologique de notre environnement mais également de rencontrer des personnes que nous n'aurions probablement pas rencontrées dans un autre cadre. J'aime bien également le challenge de percer des communautés a priori très fermées, comme celle des Iraniens juifs à Los Angeles ou celle de l'armée de l'air américaine, et d'entrer dans des lieux que peu de personnes ont approché, comme le Tierspital. Ces rencontres et ces découvertes sont ce qui rendent notre métier si précieux."

Longue vie à Anoush Abrar & Aimée Hoving ! Les sommets de la scène internationale de la photo leur tendent les bras.

Anoush Abrar & Aimée Hoving
Anoush Abrar & Aimée Hoving
© Anoush Abrar & Aimée Hoving
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