Une exposition et un film sur Mario Benjamin

Submitted by iagoda on Fri, 05/04/2013 - 23:37

La Maison de la Revue Noire présente sur deux étages des toiles de grande taille qui marquent les visiteurs par leur puissance d'interpellation. Il s'agit pour la plupart de visages sur un plan très serré qui vont du front au menton, ou au cou. Dans cette confrontation, c'est toute notre capacité à lire et à reconnaître les visages qui ressort troublée, par les angles trouvés, le tracé énergique de l'artiste avec sa palette fluorescente et son usage du noir sur cette matière vive au fil de l'oeuvre exposée.

Alors qu'on espère la création légitime d'un Institut des Mondes Noirs à Paris (impliquant notamment l'Afrique subsaharienne, les Caraïbes et toutes les autres diasporas atlantiques), l'espace Revue Noire constitue le pôle francophone de référence international pour la promotion et la reconnaissance de la culture la plus contemporaine de cette partie du monde. Durant les mois d'hiver, elle a offert sa maison à l'exposition de cet artiste au ton résolument personnel - une exposition prolongée jusqu'au 6 avril - de même qu'aura été publiée dans leur édition "La Chambre de Mario Benjamin", la première monographie qui lui est dédiée.

Conjointement à cette exposition, ou pour s'initier à l'oeuvre du peintre, on aura grandement intérêt à découvrir le documentaire de la cinéaste Irène Lichtenstein, qui pose son regard sur Mario Benjamin et entre en conversation avec lui. Le point de vue discret de la cinéaste fait écho à celui du peintre et agit comme en retour à la manière dont ce dernier prend des modèles pour mieux incarner et projeter ses propres visions et états d'âmes. On y retrouve, à Port-au-Prince, Mario Benjamin en pleine période d'accrochage et de préparation d'une expo. Toujours en dialogue avec ses toiles et avec les murs qui les habitent dans sa maison, il s'ouvre devant la caméra sur plusieurs sujets au centre de ses préoccupations, parmi lesquels la question de l'émancipation des artistes dans le Tiers-monde.

"L'[expression] 'art haïtien' est un terme que je déteste", dit-il, connaissant trop bien les mécanismes de dépendance culturelle dans lequel les peintres de son pays se retrouvent piégés. Mario Benjamin explique à quel point en tant qu'artiste, on est encore bien trop prisonnier des exigences du marché et du regard d'acheteurs qui souhaitent qu'on peigne "haïtien" et sur des thèmes "haïtiens", au même titre, dirons-nous, que les personnages de M. et Mme Smith dans la Cantatrice chauve se doivent de boire de l'eau anglaise et la femme de raccommoder des chaussettes anglaises.
La croyance de ne plus pouvoir correspondre sinon aux attentes du public au niveau national et surtout international, crée ces situations d'inhibition chez les artistes qui n'osent pas sortir des schèmes de l'art naïf ou ne se renouvellent plus. "Beaucoup d'artistes font beaucoup de fois la même chose, explique-t-il. Et il y a une différence [nette] entre avoir un style et faire toujours la même chose."

Passant outre de telles appréhensions, très fortes chez lui, Mario Benjamin ne pratique ni un un art "social", ni ne fait allusion au "religieux" et à l'art traditionnel, comme il conviendrait de le faire.
Il est parvenu à séduire un public large dans le monde avec des enjeux, des manies, des préoccupations intriguantes et qui lui sont propres.

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Pour obtenir le film -
A Genève:
Troubadour Films
info@troubadour-films. com
www.troubadour-films.com
Tél: 022 343 63 36

A Paris:
Collectif 2004 Images
www.collectif2004images.org
2004images@free.fr