Un peintre qui signait Vincent

La réincarnation d’un frère décédé un an avant sa naissance et de qui on a donné le prénom? Vincent, frère et neveu et oncle de Vincent, ne signera jamais autrement dessins, tableaux et lettres. Aujourd’hui pour nous, il est Van Gogh, fou génial et suicidaire dont les dernières paroles auraient été : « La misère ne finira donc jamais? ». Alors que pour lui, il a été Vincent, garçon farouche et révolté: « Je ne suis que Vincent et rien d’autre ».

La folie est une valeur avouable de nos jours mais continue toujours d’attirer l’attention. L’homme à l’oreille coupée a peut-être encore quelque chose à nous dire. Avec une seule toile vendue de son vivant (« La vigne rouge » 400.- exposition des XX de Bruxelles en mars 1890). Van Gogh était-il un grand peintre pour l’époque? A aucun point de vue : trop influençable, trop timide, trop scrupuleux. Il a passé son temps à copier ses maîtres. Et sa vrai vie de peintre n’aura duré que cinq ans !

L’homme, s’il n’est pas un peintre, n’est pas non plus un fou. Sauf si… sauf si de ne pas supporter la misère, la pauvreté et le travail sans fin des paysans, c'est être fou. Sauf si d’avoir un père pasteur et de le confondre un peu avec le seigneur, c'est être fou,. Sauf si de se découvrir incapable de prêcher l’Evangile, et d’avoir un ami et de vouloir un jour le tuer parce que cet ami n’est pas l’Ami, c'est être fou. Sauf si d’aimer son frère comme une mère et se suicider l’année où ce frère se marie, c'est être fou. Que celui qui n’a jamais ressenti ni colère, ni peur de la mort, lui passe la première camisole de force.

L’amitié, voilà la maladie de Vincent. Nous dirons aujourd’hui la communication ou le partage. Mais cela pourrait aussi bien s’appeler la sainteté, la mystique, le désir, l’amour. Quelque chose qui vous brûle à l'intérieur, qui n’a de sens que par et pour les autres, qui est trop exigeant pour être supportable par les autres, qui est trop égoïste pour attirer ou retenir une femme (à part, peut-être Marie-Madeleine …), quelque chose qui ressemble beaucoup à la mort mais qui est en réalité la Vie.

Mais qui irez-vous voir au Kunstmuseum alors ? Un homme qui « tape sur la toile à coup réguliers ». C’est cela son remède, son garde-fou (preuve qu’il ne l’est pas), sa planche de salut. Sa touche, carrée ou allongée mais rectiligne, se fait sinueuse, en spirales de plus en plus déchaînées exprimant une sorte d’identité profonde avec la vitalité panique, avec les forces irrépressibles de la nature. La couleur – mouvement. Des toiles sombres du départ jusqu’à celles éclatantes de la fin, vous ne verrez que le trait court, obstiné, discipliné de l’homme qui reste là parce qu’il ne peut être ailleurs. Tant qu’il est là, il ne rêve pas d’un ailleurs.

Chez Vincent, ce sont des Cyprès et des oliviers qui tournoient avec les nuages et le soleil. « Et bien nous ne pourrons faire parler que nos tableaux ».

Chapeau bas, Vincent.

 

Avril 2009 - 27 Septembre 2009 | Kunstmuseum de Bâle

Entre ciel et terre: Les paysages | Vincent van Gogh

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Submitted by rosa on Thu, 19/02/2009 - 13:57