Tatiana Fabergé

Voilà bientôt 150 ans que ce nom fait tourner les têtes et les millions. Avant elle, d’autres ont été plus rapides. Dans les années 20, la marque «Fabergé» a été déposée aux Etats-Unis par le businessman Armand Hammer revenu de Russie avec de nombreux bijoux créés par Karl Fabergé. Cette marque fait maintenant partie du groupe américain Unilever, et n’est donc plus la propriété de la famille Fabergé, qui, contrainte de fuir la Russie après la révolution, avait d’autres préoccupations à ce moment-là. «Puisque je ne peux pas faire du Fabergé, je fais donc du Tatiana Fabergé, explique sa descendante, un peu résignée. De toute manière cela fait longtemps que j’ai arrêté de m’énerver avec ces histoires.»

En effet, les sommes faramineuses auxquelles se vend le moindre objet estampillé Fabergé suscitent convoitises et tentatives de fraude. « Les faussaires qui essaient de recréer des œufs Fabergé pour les vendre extrêmement cher sont nombreux, dit Tatiana Fabergé. Les gens viennent avec des histoires abracadabrantes d’œuf gardé depuis un siècle au grenier par leur grand-mère, c’est souvent très douteux. » Depuis qu’elle a publié en 1997 une « Histoire de la maison Fabergé », où sont répertoriés les 52 œufs impériaux, elle fait régulièrement office d’expert en la matière, une activité qui lui plaît beaucoup. Elle connaît bien le très complexe système de poinçonnage avec lequel son arrière-grand-père répertoriait ses objets, et qui résiste toujours aux faussaires. Mais malgré tout, « il n’est pas toujours évident de déterminer un vrai d’une copie, d’autant plus que vu les sommes en jeu, certains experts ne résistent pas à la tentation de déclarer authentique un objet qui ne l’est pas».

Avec Valentin Skurlov, spécialiste de joaillerie et co-auteur du livre, ils font parfois office de gêneurs. « Forcément, lorsque nous affirmons qu’un œuf acheté à plusieurs millions ne les vaut pas, nous ne nous faisons pas des amis. » Ce qui fut le cas en 2004, lorsqu’ils déclarent « douteux » l’un des œufs de la collection Forbes rachetée entre 100 et 200 millions de dollars par le milliardaire russe Viktor Vekselberg.