SIGMA6, ou l’art de mêler le réel au virtuel

Sigma6 va définitivement bien au-delà de l’univers clubbing ! Nous ne pouvons que constater que "l’interaction design" a le vent en poupe et que des domaines qui n’ont à priori rien à voir tels que celui du luxe n’hésitent pas à y faire appel pour réinventer leur communication. 

Sigma6, un nom bien énigmatique: un code, une planète, un composant chimique, le nom d’un appareil photo?

Sigma6 est un nom que j’ai imaginé en 2002 alors que j’achevais mes études de graphisme et évoluais dans l’univers du Vjing.

Je me suis inspiré du nom d’une mission spatiale mais surtout du premier groupe créé par Roger Waters avec Syd Barrett en 1964, l’un des premiers à utiliser des images vidéo pendant ses concerts.

En 2005, alors que je poursuivais mes études à l’ECAL à Lausanne, j’ai fait la rencontre de Florian Pittet, qui deviendra non seulement un ami, fidèle de mes VJ-sets, mais surtout mon associé. On a commencé petit à petit à travailler ensemble, à rencontrer tout un tas de gens issus de divers milieux. On est sorti de l’univers purement clubbing pour réaliser des performances dans le cadre de soirées d’entreprises. Parallèlement, on a découvert la programmation, l’utilisation de capteurs, de caméras; on a créé des installations interactives et on les a intégrées à l’événementiel sous forme ludique.

Raconte-nous un peu l’histoire de Sigma6?

Début 2009, plus ou moins à la fin de l’ECAL, on a déniché un bureau commercial avec l’idée de travailler plus sérieusement. On a cassé notre tirelire et on s’est inscrit au registre du commerce. On a régulièrement collaboré avec Lumens8, une « boîte » composée de deux anciens du Zoo qui nous fournissait du matériel de projection.  Nos deux projets de diplôme de l’ECAL ont clairement été des références et déclencheurs pour toutes sortes de projets.

Au printemps 2009, on a obtenu notre premier gros contrat. Une agence de pub, Leo Burnett, a remarqué le travail de Florian sur internet et nous a contactés pour vendre son concept à une multinationale de l’industrie du tabac.  Dans la foulée, on a réalisé un clip pour le groupe Take me Home. En 2010, on collabore à nouveau avec Leo Burnett pour l’événement annuel du même cigarettier. On a créé à l’occasion d’un cocktail deux installations selon le concept suivant: les invités avaient la possibilité d’envoyer des SMS qui étaient projetés sur un nuages de fumée. Outre notre participation annuelle aux Festival Electron et Interferenz et à d’autres soirées événementielles, on a réalisé un 2e clip pour le groupe Take me Home ainsi qu’un habillage vidéo pour les 100 ans du Musée d’Art et d’Histoire.

Début 2011, le Petit h, une division de chez Hermès qui réalise des pièces uniques avec de la récupération de chutes ou d’erreurs de fabriques nous a contactés. Elle a souhaité qu’on élabore pour leur foire interne annuelle un projet ayant pour but de présenter de manière originale les grandes idées de leur catalogue. Cela nous a amenés à réaliser dans un couloir une installation mêlant projections vidéo et électronique : une stèle invitant le visiteur à souffler sur un objet permettait de déclencher une vidéo d’un carré Hermès et de dévoiler l’un des produits de la gamme Petit h. Peu après, la maison mère Hermès s’est intéressée à notre travail et nous a mandatés pour une exposition qui a eu lieu à Rome et qui avait pour thématique le travail du cuir (collection de voyage, maroquinerie, accessoires hippisme, sélection des peaux). Pour cela, ils nous ont demandé d’axer notre travail sur les fermoirs des sacs en particulier afin que le public perçoive la minutie des finitions. On a donc projeté des images spécifiquement sur les fermoirs, jouant avec les reflets produits par le métal. Ca a été un énorme succès!  Hermès a prolongé notre mandat pour l’exposition itinérante et a souhaité qu’on focalise nos efforts plus particulièrement sur les autres pièces qui avaient moins marché, ce sur quoi on travaille actuellement intensément.

On a commencé à percevoir à quel point la vidéo ne se résume pas seulement au clubbing et aux soirées événementielles et que notre art est une réelle profession qui peut s’appliquer à des domaines très variés. Début décembre 2011, on a présenté une performance audio-visuelle au Mexique, à Hermosillo, dans l’un des campus du TEC de Monterrey, dans le cadre du lancement de la formation de design industriel.

Pour cette année 2012, on travaille sur la conception de bornes tactiles pour la Haute Ecole de Musique. Et puis on va à nouveau voyager. A travers Electron auquel on participe chaque année, on a la chance d’avoir été invité au Festival Unbox de New Dehli. Comme on a reçu une aide financière de ProHelvetia pour le déplacement, trois autres dates pour des projections interactives et VJ-sets sont prévues, au Sula Festival, au Baaja Gaaja (festival de percussions indiennes) et au Blue Frog Club de Mumbai.

Quel est votre staff actuel ?

Sigma 6, est composé, en plus de moi-même et de mon associé Florian Pittet, de Steve Cardinaux, une bête en code et en 3D,  d’une assistante administrative et de stagiaires. On est par ailleurs en train de revoir notre site internet afin de pouvoir faciliter la visibilité pour le grand public. Il sera divisé en 3 catégories :

- Présentation et progression des nouveaux projets sous forme de blog

- Présentation de notre travail sur écran (animation, vidéo, 3D, etc.)

- Présentation d’installations interactives, produits sur mesures etc.

Des projets ?

On est en train de monter un label avec notre amie Camille Sherrer (http://chipchip.ch) pour promouvoir le patrimoine régional avec des produits interactifs en mêlant nouvelles technologies et savoir-faire artisanal. Dans le même genre, on prépare aussi un festival au Pays d’Enhaut pour l’été 2014 (http://nouveauxpaysages.ch).

Si tu devais donner une définition de ce que vous faites, quelle serait-elle ?

On pratique l’un des métiers les plus difficiles à décrire. Si grand-maman me demandait ce que je fais, ce serait pas aussi simple que d’expliquer le métier de menuisier.  On a été formé en "média&interaction design" mais je dirais que l’on créée des environnements interactifs consistant en des installations à échelle humaine qui réagissent en fonction du comportement et des actions du spectateur ou du public. On essaie de mélanger le réel au virtuel en évitant de montrer la technologie pour rester dans un environnement essentiellement esthétique et magique.

Lorsque vous montez une installation, de quel matériel vous munissez-vous ?

Tout dépend du projet, mais à 99% des cas d’un vidéo-projecteur, d’un ordinateur, de caméras et de capteurs, fondamentaux pour l’interactivité avec le public.

Comment vous différenciez-vous? Y’a-t-il beaucoup de concurrence à Genève ?

Il y a assez peu de concurrence à Genève, car on travaille dans un domaine très pointu. Notre principale concurrence, ce sont les solutions toutes faites, prêtes à l’emploi, conçues par des grosses boîtes de logiciels pour écrans "multitouch".  La majorité des agences de pub peuvent proposer facilement à leurs clients des produits qui ne nécessitent que peu de développement et d’apprentissage.  Par conséquent, il faut continuellement que l‘on créée nos propres outils de travail,  des logiciels adaptés aux projets afin de rester à la pointe ! On se retrouve souvent amené à bidouiller des circuits électroniques ou à monter des structures spécifiques pour planquer un projecteur ou un ordinateur. On réalise des produits uniques, sur mesure, qu’on développe du début à la fin, en fonction du mandat et de la vision de notre client. Les concurrents sont principalement des techniciens et commerciaux. On a la dimension créative et artistique qui leur manque.

Un mot sur l’évolution du VJing ces 10 dernières années ?

L’évolution s’est surtout vue dans les années 90. En 2000, le matériel est devenu plus accessible et l’offre logicielle a grandi. Ce que l’on voit de plus en plus, ce sont les surfaces de projection en volumes et le mapping vidéo qui va avec (la scène de la tournée d’Amon Tobin par exemple). Les logiciels les plus connus sont Modul8 (Mac), Resolume, VDMX et Arkaos (Mac et PC), le plus ancien.

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Submitted by Garance on Fri, 20/01/2012 - 17:10