Si dans cette chambre attend un ami... ou pas?

 

L’ADC présente du 14 au 23 mars la pièce «Si dans cette chambre un ami attend», l’occasion de rencontrer la chorégraphe interprète Perrine Valli. Elle revisite une fois de plus la question du féminin au travers du ressenti corporel. Loin de vouloir incarner la Femme dans une réponse unique, elle propose son corps et son langage pour nous raconter ses multiples facettes. Un archétype en pleine mutation, un champ d’exploration, qui amène Perrine Valli à se positionner tout en rupture, en quête de déséquilibre.

Une pièce nimbée d’une atmosphère très cinématographique. 
On verrait d’ailleurs une transposition de celle-ci en vidéo-clip façon Giselle Vienne sans que le propos en soit affaibli bien au contraire. De l’éclairage signé Laurent Schaer à la musique d’Éric Linder tout nous transporte dans un Far West intérieur au goût de poussière, et souvent brumeux. Découpée sous forme de tableaux, la scénographie n’est pas sans rappeler le support même de départ que sont les lettres d’Emily Dickson. On entrevoit également une sorte de Hopper ténébreux, avec ce sentiment d’absence, qui au fur et à mesure se fait de plus en plus oppressante.

Pourquoi être partie de la correspondance d’Emily Dickson? 
Dans ces lettres, Perrine Valli trouve intéressant la façon dont Emily Dickson s’adresse au masculin. «C’est un masculin qui va influencer sa vie et par extension son identité. Mais on ne sait pas toujours de qui il s’agit réellement. Il peut tout autant s’agir de l’univers masculin dans son ensemble, de la société masculine dans laquelle elle vivait, que de son propre père, de son amant, ou d’un être/état masculin totalement imaginaire.» Un masculin que l’on devine, que l’on dessine, que l’on touche presque du doigt sans jamais le saisir. Il nous échappe comme la lumière fuit devant la nuit, et les cauchemars. D’une foule de lettres, elle en compose une seule. Elle nous ouvre la porte de ses questions, de ses drames, de ses fêlures, et dans la faille elle s’engouffre pour se perdre, pour nous perdre.

Certains passages de la pièce flirtent dangereusement avec le mime et la liaison est parfois trop abrupte pour unir l’abstraction à la narration. Cependant, elle donne à voir des mouvements du féminin très forts. Comme si elle s’extirpait d’elle même, qu’elle s’enrobait d’elle-même. Dit ainsi on pourrait penser qu’il s’agit d’une pièce égocentrique, et pourtant il n’en est rien. La richesse du sujet, le peuple de créatures, d’angoisses et d’attentes, d’envol cloué au sol. Dans cette chambre sans mur, dans cette boite crânienne, on retrouve tous les monstres imaginaires qui se cachent sous notre lit et que l’on ressort les jours de pluie. 

Une indécence toute en retenue.
Rares sont les moments de répits, dans ce voyage douloureux on se laisse happer peu à peu par ses démons. Tout en suggestion Perrine Valli nous donne à voir les méandres d’un état féminin tourmenté par son identité. On en vient finalement à se demander si la question du genre se pose réellement. Si l’être intérieur qu’il soit femme, homme, père, ami, amant ne formait qu’un tout? De cette personnalité tiraillée, en rupture avec sa propre définition, en quête perpétuelle, on retient le goût du voyage vers soi-même, jusqu’à se confondre avec la profondeur de son abîme.

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Submitted by sandbp on Fri, 16/03/2012 - 11:27