Retour sur Black Movie, le festival aux mille bijoux

Commençons par ma grande révélation : Capitaine Thomas Sankara. Prix du public bien mérité pour ce documentaire divertissant et fascinant sur un énormissime personnage de l’histoire récente. (pour plus de détails, ma pièce de propagande sur ce film).

Dans une veine similaire, Empire of Dust, est un afrodocu qui par contre s’attache plutôt aux petites gens : les employés d’une société de transport chinoise, impliqués dans la construction d’une autoroute au Congo. L’on suit particulièrement l’un des responsables chinois et l’interprète congolais dans leurs tribulations quotidiennes. Sans surprise et pour dire le moins, les travaux ne vont pas de soi. Le conflit de cultures donne lieu à des échanges parfois hilarants, parfois tristes. Un film fort intéressant, mené avec maestria et légèreté, pour quiconque s’intéresse à la présence chinoise en Afrique. Il semble que le réalisateur prépare actuellement le « match retour », un film sur les Africains en Chine, qu’on regardera certainement avec un aussi grand plaisir.
Changeons de registre avec Postcards from the zoo, fiction indonésienne empreinte de magie et de noirceur. Début conforme aux normes de qualité occidentales en matière de cinéma sudestasiatique : contemplatif, moite, lent. Mais bientôt se déploie une ambiance unique et intrigante. Si le film reste dans la lenteur, il possède une personnalité engageante, multiple et riche qui mérite qu’on s’y attache. Ceci dit, si les somptueuses scènes de nature et d’animaux vous énervent, passez votre chemin – à moins que vous trouviez une contrepartie suffisante en la nudité et la prostitution. En effet, sortie de son zoo idyllique sur les pas d’un cowboy magicien, la jeune protagoniste se retrouve dans certaines situations qu’on n’aurait jamais imaginées de premier abord.

La nudité me permet d’en venir à Joven y alocada, qui montre les expériences et déboires émotionnels et sexuels d’une jeune Chilienne. Non contente d’explorer les choses, celle-ci en parle aussi sur son blog. Histoire inspirée d’un véritable blog, en collaboration avec la véritable blogueuse, c’est un film rondement mené en forme de teen movie contemporain, sexy et bagouteux, formellent très frais, avec ce qu’il faut de drôlerie et d’émotion. On n’oubliera pas de verser une larme devant l’intégrisme religieux endémique du pays entre deux scènes de sexualité franche.

 Sans lien évident, passons à Dead Sushi. Nouveau film gore mutant débilos déjantos du réalisateur de Mutant Girls Squad et Machine Girl, c’est un hommage à L'Attaque des tomates tueuses où celles-ci sont remplacées par des nigiri, sashimi et autres maki. Et franchement, pour une comédie d’horreur c’est plutôt bien fichu, l’humour n’est pas trop lourdingue et les effets tiennent la route. Je n’attends plus que la version bundle avec un kit à sushi.

Autre film japonais, Outrage Beyond de Takeshi Kitano est présenté comme « un thriller (presque) sans action… multipliant les scènes de tractations interminables entre yakuzas dans leurs salons rutilants ». Ce n’est pas faux, mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est tout à fait prenant et on ne s’ennuie pas. Vu et approuvé et pour le coup on passe l’éponge sur le prétentieux Dolls.

Dans le registre thriller, le hongkongais Johnnie To nous livre Life Without Principle, qui nous montre les gens de Hong Kong fidèles à leur réputation : bruyants, malpolis, rapaces et cupides, victimes de leurs avidités sur fond de crise financière. Parallèle pas trop recherché, mais parlant, entre banques et brigands, performances irréprochables des acteurs, et une ville toujours aussi cinégénique.

 Enfin, en vitesse, les bijoux moins rutilants : Sofia’s last ambulance, documentaire sur les ambulanciers de la capitale bulgare, qui gardent un sourire fragile malgré les sous-effectifs, les salaires de misère, les infrastructures en déliquescence. Un film minimaliste, cru, assez éprouvant ;

The Taste of Money, œuvre sur la corruption morale des ultra-riches coréens, finement dirigé, sexuel, somptueux ; je lui trouve un manque de naturel dans le jeu d’acteurs et les dialogues, mais je le recommanderais quand même pour sa beauté et son efficacité ;

El muerto y ser feliz nous montre la fin de vie d’un tueur à gages espagnol en Argentine, avec sa vieille bagnole, ses tumeurs et sa petite boîte de morphine. Paysages magnifiques, histoire engageante, gimmick de la narration semi-redondante envahissant par moments, mais généralement original et plaisant : un bout de cinéma latin tout à fait recommandable.

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Submitted by Titus on Fri, 01/02/2013 - 08:53