NIL

Je ne lis jamais un programme avant d’assister à un spectacle. C’est donc vierge d’a priori que j’accompagne une amie voir le dernier spectacle de la compagnie 7273 « NIL », joué du 12 au 23 janvier 2011 à l’adc.

Le titre à lui seul m’évoque une tripotée d’image. J’espère en m’asseyant être surprise plutôt que confortée dans ce qui me semble être des clichés : « l’Égypte antique », les hiéroglyphes, le limon et le sable, la chaleur et les oasis, une ambiance de oud et de thé à la menthe et tant qu’on y est un peu de danse du ventre. C’est donc soulagée que je vois apparaître chaque danseur vêtu de « pyjama » bleuté, se déplacer un à un le long d’une phrase qui les rassemble et les distingue. Chacun semble s’être approprié la gestuelle, juste ce qu’il faut pour affirmer une identité, pas trop pour se dissocier. Comme l’eau, ils créent des remous et des courants. Comme de petits cailloux, leurs poings serrés roulent dans cette eau qui nous berce (à mon goût un peu trop au début…). Comme la rive, ils se forment, se déposent et poursuivent leur chemin chorégraphique.

Ils saupoudrent le tout de petits clins d’œil culturels, historiques, des effluves que le fleuve entraîne. Rien n’est de trop, et les duos semblent hors temps. D’où sortaient-ils d’ailleurs ? Que venait-on nous dire ? Cela m’a un peu échappée, mais pas dérangé. J’ai continué à suivre l’eau qui s’emballe et qui finit de façon convenue dans une chute brutale… point de delta, point de Méditerranée, point de loukoum, juste une longue phrase qui nous entraîne et nous abandonne au bord de la falaise.

J'ajouterais une mention spéciale, pour ce travail formidable de précision et de fluidité, lorsque vers la fin de la pièce les interprètes se rassemblent et se « coagulent » les uns aux autres. Là encore, ils se distinguent tout en s’agglomérant de manière organique. Ils font s’emballer notre cœur et nous attirent vers la chute. Le rythme de cette pièce m’a laissé comme un goût de Boléro de Ravel, d’où une fin couru d’avance...
 
NIL laisse une infinité de questions en suspens. En sirotant mon thé, quelques jours après je me demande encore… ce T-shirt ocre dans tout ce bleu, était-ce un peu de terre dans toute cette eau?

Topics
Submitted by sandbp on Tue, 25/01/2011 - 00:34