Moi, Daniel Blake, Palme d’Or au 69e Festival de Cannes

Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuiser anglais de 59 ans, est contrait de faire appel à l’aide sociale suite à des problèmes cardiaques. Bien que ses médecins lui interdise de travailler, il est tout de même forcé par l’aide sociale de chercher un emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous au « job center », il va croiser la route de Katie, une mère célibataire de deux enfants contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale afin de ne pas être placée en foyer. Pris tous les deux dans le filet des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider.

 

Le thème choisi par Ken Loach est universel car il concerne tous ces gens qui se battent pour survivre et l’attitude cruelle de l’Etat dans sa politique de prestations sociales en faveur de plus démunis et l’inefficacité volontaire de l’administration. C’est comme si on vous disait: «voilà ce qui vous arrive si vous ne travaillez pas, vous allez souffrir».Les institutions politiques ont délibérément utilisé la faim et la pauvreté pour obliger les gens à accepter des salaires très faibles et des emplois extrêmement précaires. tellement ils sont désespérés. C’est ce que l’on constate à travers toute l’Europe et dans le reste du monde. 

Des personnes honnêtes ayant travaillé toute leur vie finissent à la rue, à mendier, voler ou se prostituer pour survivre. L’Etat qui décide qui a droit ou pas à des indemnité et pénalise car il a des objectifs chiffrés, donc aucune compassion, écoute, si les conseillers ne sanctionnent pas assez, ils doivent suivre le programme d’amélioration personnelle, bref comme dit Ken Loch dans un interview «on se croirait dans un livre d’Orwell…quand on a affaire à une administration aussi consternante de bêtise, ouvertement déterminée à vous rendre fou, on trouve une terrible frustration qui peut donner lieu à des vrais scènes d’humour noir ». Quel monde avons-nous créer?

 

Ken Loach, connu pour ses films sociaux et engagés, signe donc ici un chef d’oeuvre bouleversant et authentique, à voir absolument! « I Daniel Blake » lui a d’ailleurs valu une deuxième Palme d'or.

Le cinéaste britannique entre ainsi dans le club très restreint des lauréats doublement récompensés au festival, qui comprenait jusqu'ici huit réalisateurs (dont Coppola, les deux frères Dardenne, Haneke et Kusturica). Il avait déjà reçu la Palme d'or en 2006 pour «Le vent se lève». 

 

En recevant son prix, Ken Loach s'est lancé dans un discours engagé: «Le cinéma fait vivre l'imagination mais nous présente le monde dans lequel nous vivons. Ce monde se trouve dans une situation dangereuse. Il est guidé par des idées néo-libérales qui risquent de nous mener à la catastrophe. Elles ont traîné dans la misère des millions de personnes de la Grèce au Portugal.» 

Et il a rappelé pour lui le rôle que le septième art occupe: «Le cinéma a une tradition de protestation, j'espère qu'elle va continuer. Nous approchons une période de désespoir, qui amène l'extrême droite. Il faut ramener l'espoir! Un autre monde est possible, mais surtout nécessaire!»

 

En salles dès le 26 octobre

 

Tali Cavaleri

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Submitted by Anonymous (not verified) on Mon, 30/01/2017 - 15:12