“ Matias Aguayo, Do you have a cigarette ? ”

David Perez : Matias Aguayo, Do You Have a Cigarette ? (cf. I Don ‘t Smoke – Matias Aguayo)

Matias Aguayo : En réalité je parle à Rebolledo dans la chanson I Don ‘t Smoke, car il ne fume pas, et une fois lors d’une soirée, une amie qui avait la mémoire courte après quelques verres lui avait demandé sept fois en cinq minutes s’il avait une cigarette. Question à laquelle il avait répondu de plus en plus désespérément : « No, I don’t smoke, I don’t smoke ! » On a rit en la chantant et quelques semaines plus tard j’avais écris la chanson.

D.P : Que penses-tu de la Suisse ? Tu es déjà venu ici quelques fois j’ai cru entendre ?

M.A : Oui en effet, je crois que d’ailleurs c’est un des endroits d’Europe que j’ai le plus visité jusqu’à maintenant avec la France et l’Espagne. Je suis venu à Zurich, Genève, Neuchâtel, Bâle, Berne. Je crois qu’en dehors de l’Allemagne, c’est à Zurich où j’ai le plus joué car là-bas ça fait déjà un bail qu’ils sont dans la musique électronique, ça a toujours beaucoup bougé et il y a toujours eu des clubs sympas.

D.P : Hier soir tu as joué pour la deuxième fois, dans le cadre du festival de Jazz de Montreux. Cependant petite variation par rapport à la première fois : hier tu étais en DJ Set, alors qu’il y a deux ans c’était un Live Band. Comment le public à réagit les deux fois ?

M.A : Exactement ! La première fois j’ai joué avec un groupe, composé de deux musiciens chiliens, et moi-même. Le résultat était un peu différent. Mais hier soir, c’était très intéressant. J’ai entendu dire que l’entrée était gratuite. Le public était plus jeune que la première fois au Studio 41. J’ai mixé un peu différemment de ce que j’avais pensé faire, mais l’échange avec le public a été très bon et j’ai passé un très bon moment.

D.P : La première fois, tu as joué au Studio 41 (Rebaptisé The Studio cette année). C’est gratuit aussi, mais il y a un contrôle plus strict et sélectif à l’entrée, du coup ce n’est pas le même public. Aussi la programmation au Studio a toujours été plus électronique, alors qu’au Jazz Café l’ambiance est plus éclectique, donc le public est souvent plus ouvert.

D.P : J’ai appris que tu es constamment en mouvement, où vis-tu actuellement ?

M.A : Ça fait une année que j’habite à Berlin. Avant j’étais à Paris, Buenos Aires, mais là où j’ai vécu le plus c’est à Cologne.

D.P : Vu que tu voyages beaucoup, je suis curieux, quelle musique tu écoutes dans l’avion ?

M.A : Ça peut paraître curieux, mais je n’écoute pas souvent de musique dans l’avion. Je suis tellement souvent entouré de musique, que j’utilise le moment du voyage pour lire ou écrire.

D.P : Parles nous un peu de tes projets personnels des dernières années, le concept des BumBumBox parties, elles continuent à avoir lieu ? Et ton label Cómeme ?

M.A : Non pour le moment elles ne se font plus. Elles font partie de l’époque où je me trouvais en Amérique du Sud et là je n’y suis plus. À la base, le concept c’est simplement de danser dans la rue. Sortir l’idée de la danse de son contexte si standardisé qu’est la discothèque. L’apporter à d’autres situations dans la vie. En tant que musicien, c’est une belle source d’inspiration de pouvoir jouer dans un contexte non commercial. Dans les BumBumBox, le DJ danse avec les gens. Il fait partie du public. Aussi, en discothèque, en tant que DJ tu peux vite être au clair sur ce qui se passe, tu analyses assez rapidement l’âge, la classe sociale du public, ce qu’ils veulent entendre et ces différents paramètres qui peuvent influencer la musique que tu joues. Mais dans la rue, rien de tout cela ne compte. Il faut beaucoup plus s’ouvrir musicalement. Parce qu’il y a de la musique qui se comprend seulement quand elle est prise dans un contexte particulier.

J’ai fait un peu le tour de tout ça et c’est à ce moment-là aussi que j’ai décidé de commencer le projet Cómemequi s’inspire beaucoup de ce concept de musique entre amis, d’une sorte d’interaction plus proche entre l’artiste, et l’auditeur. Aussi, on voit assez vite que la rue demande des autres sons que la discothèque. Pas tout ce qui fonctionne en discothèque ne fonctionne dans la rue. Par contre ce qui peut se jouer dans la rue peut se jouer dans les discothèques.

D.P : Tu as créé le label Cómeme, mais tes disques à toi sortent chez Kompakt, explique-moi un peu la relation que tu as avec ces deux labels ?

M.A : Cómeme c’est un projet qui tourne autour d’autres artistes. C’est plutôt de voir ce qu’il se passe avec les autres, comme le disque de Daniel Maloso, ou le nouveau disque que va sortir Alejandro Paz, ou les DJs Pareja, c’est quelque chose de plus altruiste.

Quant à Kompakt, j’ai grandi avec eux, c’est ma famille, et ils correspondent bien à ce que je fais. Donc je continue à sortir mes disques chez eux.

D.P : Dans une interview donnée il y a deux ans quand tu es venu ici, tu disais que tu n’arrivais pas à donner un nom de genre à ta musique, est-ce qu’aujourd’hui tu arrives à le faire ?

M.A : J’espère que non ! Car en réalité pour moi lorsqu’on arrive à donner un nom à une musique ou à un courant, c’est qu’il commence à mourir. Il devient « Genre ». Et c’est pour ça que c’est dur à définir ce que je fais ou ce qu’on fait dans le cadre de Cómeme. Si par exemple on dit que Cómeme c’est un label de House, c’est un peu réducteur, ça ne décrit pas tout ce qu’on fait.

D.P : Je comprends. Alors puisqu’on ne peut pas vraiment parler de « genre » pour ta musique, parle nous de tes inspirations principales pour que les lecteurs d’Italic sachent un peu plus qui tu es ?

M.A : Si on revient à la base du terme de « House », si on écoute des vieux sets de House, on ne peut pas vraiment parler de la House comme genre musical. Comme il y n’avait pas autant de titres House, l’idée du DJ c’était plutôt de trouver des musiques de styles différents qui avaient pour point central la piste de danse. C’est pour ça, je pense que mon inspiration se situe chez des DJ’s comme Ron Hardy et tous ces gens. Eux en réalité, ils mixaient tout : Vieux disques, des musiques Jazz, ou un titre d’électronique européenne qui venait de sortir. Ils ne mixaient pas vraiment un « genre ». Mais la manière de le faire c’était « House ». Je me sens un peu inspiré par cette tradition.

D.P : Pour terminer, parle nous un peu de la chanson Minimal, que j’adore.

M.A : Là on revient en quelque sorte sur cette discussion sur les « genres ». Cette chanson, elle parle du fait que maintenant on entend plus de minimal à proprement parler. Ça doit continuer à se faire a quelque part à Ibiza, ou autre, mais ce n’est pas la même chose. Pour moi le vrai minimalisme, c’est des gens comme Robert Hood, Terrence Dixon. Ils faisaient leur musique avec deux machines uniquement ; deux sons qui arrivaient à te porter à travers une ambiance. Et je continue à aimer ça. C’est ce qu’on mixait à Cologne dans les années 90. C’est aussi une manière de vivre ; ça passait par des trucs comme : « ne pas utiliser la télévision », « essayer de faire le plus avec le moins ». Maintenant j’ai l’impression que c’est plus un terme utilisé pour promouvoir des fêtes.

D.P : S’en est tout pour moi, merci beaucoup Matias !

M.A : Merci à toi, une salutation aux lecteurs d’italic.ch !

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