Lucrezia Borgia sous le regard de Mike Figgis

L'opéra Lucrezia Borgia est dédié à la figure charismatique du même nom, fille illégitime du cardinal espagnol Rodrigo Borgia (futur pape Alexandre VI), à laquelle on avait prêté des relations incestueuses avec son propre père et son frère.

Mike Figgis a pris le parti d'intégrer quelques courtes séances filmées à l'opéra. Ces petits films sont l'occasion de se plonger dans le passé sulfureux de Lucrezia. Où on la retrouve offrir à son père des femmes-furies langoureuses, séduire son frère, épouser le duc Alfonso de Ferrare ou encore donner naissance à un enfant illégitime. Ces petits films, tournés en décors réels en Italie, sont riches en couleur, le rythme est enlevé, les couleurs châtoyantes, les personnages jeunes empreints de sex-appeal, ce monde de château exhale sensualité, subversion et provocation, l'univers est posé.

Mike Figgis a néanmoins mal réussi son cocktail, offrant une mise en scène des parties opératiques fade et sans relief. La mise en scène est traditionnelle et statique. Mike Figgis tombe dans les clichés de l'opéra. La scène ne présente quasi aucun décor et se porte en total décalage avec l'environnement riche et d'inspiration italienne des morceaux filmés.

Le casting relève toutefois le défi. Claire Rutter offre une Lucrezia, à l'interprétation de fer, réussie, et, à ses côtés, on remarquera les brillantes prestations du ténor Michael Fabiano en Gennaro et d'Elizabeth DeShong en Orsini.

Nous avons rencontré Mike Figgis à Londres et il nous partage quelques impressions sur cette nouvelle expérience.

"J'ai toujours eu un attrait pour la musique; en effet, j'ai étudié la musique puis joué dans quelques group comme trompettiste. Ce n'est qu'après que j'ai commencé à jouer au théâtre, à mettre en scène des pièces puisà tourner des films. D'ailleurs, c'est souvent moi qui ai composé la musique de mes films.

Le monde de l'opéra m'a toujours fasciné. Aussi j'ai été enchanté lorsque l'English National Opera (ENO) m'a proposé de monter un opéra". Ce n'est pas la première fois que le directeur artistique de l'ENO, John Berry, mandate des gens du théâtre ou du cinéma. AInsi il avait invité ces dernières années Anthony Minghella pour créer Madame Butterfly, Rupert Goold pour Turandot, Sally Potter pour Carmen ou encore Rufus Norris pour Don Giovanni.

"Le premier opéra que j'ai vu devait être La Traviatta, j'avais été cloué sur place, cela ne ressemblait à rien de ce que j'avais pu voir jusqu'à présent. J'avais été emporté par la musique, ce qui m'avait enchanté était la force de l'union du récit avec la musique".

Pourquoi avoir choisi l'opéra Lucrezia Borgia? "J'ai discuté avec John Berry de plusieurs options. Puis j'ai choisi de prendre un opéra assez classique où je pourrais me concentrer sur la mise en scène. C'est également un opéra très intense au niveau dramatique du fait de l'histoire sulfureuse de Lucrezia Borgia et des faits historiques qui l'ont entourée, ce qui m'a beaucoup plu.

J'ai réécouté des enregistrements de Lucrezia afin de me replonger dans cet univers. C'est ensuite que j'ai eu l'idée d'avoir quelques scènes filmées qui donnent un regard sur le passé de Lucrezia et une perspective à la trame narrative de l'opéra. Au départ, je m'étais dit qu'en tant que réalisateur, je ne devais pas tomber dans le travers de retomber dans un univers que je connaissais, le cinéma, au lieu de travailler l'oeuvre opératique. Néanmoins, je me suis dit que j'allais essayer et qu'on verrait par la suite si cela s'intégrait bien à la mise en scène de l'opéra.

Cela a été difficile de lever les fonds pour aller tourner en Italie mais je souhaitais absolument retrouver une atmosphère italienne en décors réels pour filmer ces petites pièces filmiques. Nous sommes donc partis pour 3 jours de tournage en Italie avec des comédiennes italiennes".

Lucrezia Borgia a aussi fait l'objet d'une avant-première internationale avec sa retransmission en 3D sur les écrans anglais et la chaîne Sky 3D en février, afin de toucher un public plus large. Le fait de savoir que Lucrezia serait projetée sur grand écran a-t-il changé votre manière de mettre en scène l'opéra?

"Non, pas du tout. La décision de la projeter a été prise pendant les répétitions. Toutefois, venant du monde du cinéma, j'ai indiqué aux chanteurs de penser à leur rôle d'acteur aux côtés de celui de chanteur. Il est vraiment important qu'ils communiquent leurs émotions avec l'ensemble de leur personne et non qu'ils s'adressent depuis la scène au public simplement par le chant. J'ai vraiment été étonné lorsque les chanteurs m'ont dit qu'ils n'avaient presque jamais suivi de cours de théâtre ou de masterclasses. C'est incroyable que la formation de chanteurs d'opéra qui doivent jouer sur scène et transmettre les émotions tout autant par leur corps que par leur voix n'ait pas une part importante dédiée au jeu théâtral.

"Ce qui est troublant avec la mise en scène d'opéras c'est qu'en tant que metteur en scène, on gère et coordonne tout mais que jusqu'aux premières répétitions de scène et orchestre. Tout à coup, on s'efface et c'est le chef d'orchestre qui prend les rênes de la scène."

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Submitted by julie on Sat, 12/03/2011 - 23:07