Les télés des pays (vues par un téléphobe)

Dans les bus chinois, j’ai vu des starlettes qui n’ont rien à envier aux Coréennes, qui elles n’ont rien à envier aux Occidentales (même s’il est vrai qu’elles sont moins sexuelles). À noter que la Corée est actuellement le summum du "cool" asiatique. Il semble tout naturel que la Chine s’efforce de devenir la Corée à la place de la la Corée. Si on aime MCM & Cie, on est en terrain connu, avec la différence des incontournables sous-titres karaoké : costumes high-tech, photographie élaborée et musique ISO 14001 sont au rendez-vous. Niveau musique, la télévision chinoise est résolument 21e siècle.

De cette télé au peaufinement technique impeccable, passons à une ambiance plus rustique : dans les téléviseurs du Laos, des beautés classiques en jupes typiques ondoient le long de paisibles berges. Les danses sont plutôt traditionnelles, gestes de mains plus que de hanches. Il y en a aussi en vêtements modernes, mais on est encore loin de la quasi nudité et des coups de hanche. Ces clips visiblement datés, à l’image granuleuse époque K7 vidéo, illustrent des chansons qui, comme pour l’ethio-jazz, charment inconditionnellement mon oreille sans que je puisse jamais en distinguer une d’une autre. C’est charmant et désuet, tout à l’image de ce pays encore principalement antique.

Du Cambodge, je me rappelle des chansons d’amour. Surtout l’un qui jouait dans un cadre bucolique : un pêcheur éperdu voulait séduire une jeune fille bien mise en lui offrant le fruit de sa pêche. La beauté accepte le poisson ; après, elle va le griller et le manger avec son chéri le citadin bien habillé. Le pêcheur, témoin de la scène, a le cœur brisé (c’est ce que j’ai cru comprendre). Sinon, cadre citadin, des jeunes à voiture ou à mobylette. Parfois, un malheureux a la mauvaise idée de s’éprendre de la nana d’un gangster et finit par se faire démolir à coups de bouteille de whisky. Il y a même une vidéo où l’amant se fait poignarder dans un coin sordide, devant sa bien-aimée. Peut-être que l’industrie télévisuelle cambodgienne est financée par les malfrats, qui tout naturellement y diffusent leurs idéaux culturels. Ou alors c’est juste un peuple qui n’a pas de complexes face à sa violence.

En Thaïlande, il y a une offre télévisuelle assez complète qui n’a pas à rougir face à celle de chez nous, c’est-à-dire qu’on talk-shows à trois balles, reality TV et clips en tout genre – il n’y a cependant pas  d’Arte, ni de Canal+, du moins j’en doute. On est au Royaume du sourire après tout, pas celui des libertés d’information et d’expression. Et niveau technique, tout est au niveau coréen / occidental. À remarquer que tous les matins et soirs, les émissions sont interrompues par l’hymne national et tout le monde s’immobilise ou se lève en respect pendant que passe un bref biopic muet sur le roi ; les étrangers ne sont pas exemptés, la loi est la loi.

Au Japon, j’ai été réduit au bouquet TV des personnes qui m’hébergeaient. Grands mangeurs, ils avaient plusieurs (!) chaînes de talk-shows autour de la nourriture : on goûte des plats, on fait un moment de suspense, puis – soulagement général – on s’extasie (si vous mangez quelque chose de bon, dites "Oïshi !"). Des points sont accordés je ne sais à qui, ni comment, ni pourquoi. Autrement, je n’ai vu que du divertissement à outrance, talk-shows et jeux. Les informations se résumaient à des images de volontaires nettoyant les ravages du tsunami, et l’empereur qui disait "ça va aller" aux réfugiés.

Voici la fin de ce petit parcours. En espérant ne pas y avoir glissé trop de contrevérités et de mécompréhensions, je vous souhaite une belle soirée M6.

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Submitted by Titus on Tue, 22/11/2011 - 10:43