Les coups de coeur de Titus du Festival Black Movie

 

Headshot de Pen-Ek Ratanaruang était mon coup de cœur. M. Ratanaruang nous a dit que son projet ici était de faire le « moins personnel » de ses films, de le faire pour le public et moins pour lui-même. Et c’est vrai qu’il est plus « grand public » que les autres, plus abordable. Il y a plus d’action, et un rythme plus soutenu. Cependant, la griffe Pen-Ek se distingue quand même très clairement. Que ce soit dans la trame, les thèmes ou le style, cette histoire est entièrement ratanaruenne. Et tant mieux, car c’est une recette que j’adore.

Un assassin sort du coma et voit désormais le monde à l'envers. Il devient la cible d'une série d'attaques mystérieuses et se met en quête de rédemption et de justice. Entre deux scènes d’action, des flash-backs nous racontent comment cet ex-flic engagé dans un combat désespéré contre la corruption a pu virer tueur à gages.

Pour moi, l’attrait particulier de Ratanaruang réside d’abord dans le fait que, contrairement à d’autres réalisateurs thaïs populaires chez nous, il raconte de véritables histoires, et ensuite dans l’alchimie qu’il réalise entre émois et sérénité. Ses histoires sont chargées en potentiel émotionnel : destins cruels du monde criminel, tendresses d’une simplicité rayonnante, coups de comique et sensualités tout érotiques abondent. Mais tout cela est dépeint avec un certain degré de détachement, un détachement qui ne mène pas à la froideur, mais à la légèreté.

Headshot est un « film noir bouddhiste » selon les propres termes du réalisateur. Sombre et lumineux, rassérénant et sexy, il vaut énormément la peine d’être découvert.

Hara-Kiri de Takashi Miike est un remake d’un fameux film de samouraïs, une histoire de vengeance et d’honneur sur fond d’abjectes pauvretés typiques du Japon féodal. 

Un samouraï réduit à la pauvreté, au bout du rouleau, demande à un seigneur l’honneur de commettre son suicide rituel dans son enceinte. Mais en ces temps troubles, les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent.

Par rapport aux quelques autres films de Miike que j’ai vus, sur sa filmographie débordante, je trouve cette œuvre atypique. De ce que je connaissais, ce réalisateur tend à partir dans tous les sens, avec un goût prononcé pour le n’importe quoi, les prises à 100 à l’heure, le cinéma sans règles, viscéral et dans-ta-face. Mais Hara-Kiri est une œuvre très formelle, posée, cérébrale, avec ses plans immobilistes et sa trame ultra-traditionnelle. Un beau film, très japonais, pas très Miike, mais tout à fait regardable.

Himizu est de la plume de Sion Sono, de qui j’ai aussi vu Cold Fish et Love Exposure. Je n’ai d’ailleurs découvert qu’avec Himizu que tous ces films étaient du même auteur. Si vous avez trouvé Cold Fish trop dur, évitez Himizu. Les films de Sono ne sont pas de tout repos ; plus exactement, ils ne sont absolument d’aucun repos. Les souffrances insoutenables des personnages confrontés à la perte de leur soi, Sono arrive à nous les faire ressentir comme si on y était. Ce sont des expériences brutales et éprouvantes. Cependant ces films sont beaux et prenants et valent vraiment la peine. Et ce n’est pas du Lars von Trier, il y a des rayons d’espoir, des promesses de rédemption.

Himizu, c’est l’histoire d’un adolescent qui ne rêve que d’être ordinaire, invisible, un mulot, « ni heureux ni malheureux », mais le monde cruel ne l’entend pas de cette oreille. Entre une famille abominable, des gangsters impitoyables et une jeune fille qui l’aime contre son gré, il est poussé par les événements vers la violence et la folie. L’amour d’une adolescente et d’une bande de déshérités de Fukushima est tout ce qui se dresse entre lui et la destruction.

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Submitted by Titus on Tue, 28/02/2012 - 22:59