Le Loup de Wall Street

Cinquième collaboration entre le cinéaste Martin Scorsese et l'acteur mal-aimé de Hollywood Leonardo Dicaprio; « Le Loup de Wall Street » raconte l'ascension fulgurante du courtier Jordan Belfort qui devint millionaire à l'âge de 26 ans en usant de ses talents de vendeur pour convaincre l'américain moyen puis les puissants capitaines d'industrie, d'acheter au prix fort des titres ne valant pas un clou.

 

Hasard du calendrier, la sortie du film coïncide avec le jour de noël mais détrompez-vous, « Le Loup de Wall Street » n'a rien d'un film familial. Avec environ trois heures de débauche, luxure et excès en tous genres qui semblent se répéter tout au long du récit , le film est un pur condensé d'adrénaline, qui s'apparente à un très long tour sur des montagnes-russes (ascension, élément perturbateur, résolution, et enfin déclin). Leonardo Dicaprio incarne la quintessence des dérives de Wall Street : une ambition dévorante et contagieuse, la folie des grandeurs, une consommation excessive de stupéfiants entraînant une perte du sens des réalités et une incapacité à distinguer le bien du mal. Un univers typiquement masculin où les rares collaboratrices se comportent aussi comme des prédateurs pour survivre parmi les loups, quand elles ne sont pas reléguées à un rôle de bien de consommation à disposition de ces messieurs.

 

Une galerie de personnages qu'on adore détester, tout en restant admiratif devant un tel étalage de réussite. Chose que Jordan Belfort (Leonardo Dicaprio) utilise à bon escient pour galvaniser ses troupes, en menant ce train de vie ostentatoire censé inspirer ses employés. Et lorsque cela n'est pas suffisant, il monte littéralement sur scène pour notre plus bon plaisir, martelants ses discours tel un candidat politique en campagne. Ces moments font office d'électrochocs sur les collaborateurs et cette énergie traverse l'écran pour se propager au sein du public. Un effet similaire se produit quelques scènes plus tard, dans un moment d’anthologie impliquant une conduite sous influence qui a fait se tordre de rire la salle pendant plusieurs minutes. Leonardo Dicaprio éclabousse le film de tout son talent, alternant crises de colère, grimaces, silences gênés et monologues astucieux. Et si cela ne suffisait pas, les second rôles sont tous au diapason. Ainsi, Jonah Hill (21 jump street, Superbad, C'est la fin) incarne Donnie Azoff, partenaire et membre fondateur de la société de courtage. Habitué à des rôles de gros losers, il est ici, comme Jordan, un self made man aux dents longues, accro aux stupéfiants distillant des dialogues franchement hilarants. Rob Reiner (Sans plus attendre) est Mad Max, le père de Jordan, incrédule et impuissant devant ce Sodome et Gomorrhe des temps modernes. Margot Robbie (Naomi, Pan Am) la seconde femme de Jordan, qui apparaît brièvement comme un trophée aux yeux de Jordan, elle essaiera de ramener celui-ci à la raison en bout de course . Ajoutez à cela: Brad (Jon Bernthal, The Walking Dead) dealer et accessoirement génie de la vente, Manny (Jon Favreau, Iron Man) avocat véreux, Patrick Denham (Kyle Chandler, Friday Night Lights, Argo, King Kong) candidat à l'examen de courtier, reconvertit en agent du FBI, Jean Dujardin (The Artist) dans le rôle de Jean-Jacques Saurel, un banquier genevois opportuniste enfin, Mark Hanna, le maître à penser de Jordan campé par Matthew McConaughey (Mud, Dallas Buyers Club). Il révélera les secrets de Wall Street à un Jordan encore naïf et innoncent, dans une scène mémorable.

 

On pourra reprocher au film d'occulter l'impact socio-économique qu'une arnaque d'une telle ampleur aura eu sur la situation des américains. Car l'histoire se focalise uniquement sur l'ascension et la chute d'un homme qui aura tout mis en oeuvre pour vivre la vie de château, ceci quel qu'en soit le prix. Oubliant les nombreuses victimes, parfois naïves et avares ou tout simplement désespérées qu'il aura pris dans ses filets.

 

Le mot de la fin

Conçu comme une comédie noire dans laquelle Leonardo Dicaprio assoit encore un peu plus son statut d'acteur versatile et où les seconds rôles ne sont pas en reste, "The Wolf of Wall Street" est déjà le film de l'année pour beaucoup, devant "La Vie d'Adèle". Pour notre part, on vous conseillera juste d'aller le voir si vous aimez rire au cinéma, pour autant que la nudité, le langage cru et la longueur du film ne vous rebutent pas.

 

 

 

 

Le Loup de Wall Street

 

Pays: USA

Réalisé par: Martin Scorsese

Sortie: 25 décembre 2013

Durée: 180 min

Genre: Comédie, Drame, Thriller, Biopic

 

Acteurs et équipe technique

 

Leonardo DiCaprio

Jonah Hill

Margot Robbie

Matthew McConaughey

Kyle Chandler

Rob Reiner

Jon Bernthal

Jon Favreau

Jean Dujardin

 

Ecrit par: Terence Winter, Adaptation du livre "Le Loup de Wall Street" de Jordan Belfort

Photographie: Rodrigo Prieto

Montage: Thelma Schoonmaker

Musique: Howard Shore

Direction artistique: Chris Shriver

Costumes: Sandy Powell

 

Autres avis

Metactric 76 (moyenne des critiques de journalistes)

Imdb 8.9  (avis de spectateurs)

Rotten Tomatoes 76% (fresh)

Première 4/4

Les Inrocks 4/4

Le Monde 4/4

Nouvel Obs 2/4

 

Pour l'anecdote

Au départ c'est Ridley Scott qui devait réaliser le film, Scorsese se serait uniquement chargé de le produire. Entre temps, on a vu Prometheus et  Cartel (The Counselor) du coup, on a logiquement poussé un "ouf" de soulagement.

 

Vingt-six ans plus tôt

 

Pour les passionés de finance et les plus anglophiles: le Loup de Wall Street en chair et en os, Jordan Belfort

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