Le Hobbit: La désolation de Smaug

Ce film est le deuxième épisode d'une trilogie. Aussi je recommande vivement un visionnage du premier ou à la rigueur de la production signée HISHE ci-dessous.

 

 

Ainsi nous avions quitté Bilbon et ses compagnons après leur escarmouche avec Azog le gobelin albinos et ses sbires. Ceux-ci devant leur salut à un sauvetage in-extremis des aigles géants qui pour des raisons scénaristiques, n'ont pas pu poser les sinistrés directement aux pieds d'Erebor (mais pas trop loin non plus, histoire de tourner encore deux films.) Plein d'espoir et copains comme cochons, la troupe poursuit son périple vers Erebor, jadis splendeur du royaume des nains, emplie de trésors et nouvelle tanière de l'abominable dragon Smaug.

 

Le Hobbit est un conte pour enfants qui aurait très bien pu se raconter en un seul (très) long film. En effet, cette deuxième partie aurait tout aussi bien pu être la dernière, tant le matériau d'origine est maigre (400 pages) en comparaison avec la trilogie du Seigneur des Anneaux (1259 pages). On comprend surtout que Warner Bros. (qui détient désormais les droits des adaptations des oeuvres de Tolkien) voulait combler le vide laissé par  les sagas Harry-Potter et Batman.

Mais Peter Jackson répète à qui veut l'entendre qu'avec trois films il pourra raconter plus de choses, passer plus de temps sur le développement des personnages etc. Étant donné ses antécédents avec la franchise, nombreux sont ceux qui lui ont accordé bien plus que le bénéfice du doute. En même temps, on s'y plaît tellement dans La Terre du Milieu qu'on y retourne à la moindre occasion.

 

Alors salon du meuble suédois qui tire péniblement en longueur ou suite nécessaire?

 

Filmés d'une traite, les trilogies de Peter Jackson ont en commun une certaine cohérence dans la narration, la photographie et la mise en scène. Généralement, le deuxième film est celui où les choses s'accélèrent car le scénariste est dans une certaine mesure, libéré des contraintes en matière de développement des personnages. C'est pourquoi, le récit apparaît plus rythmé pour prendre quelques pauses à chaque fois qu'un nouveau venu apparaît à l'écran.

Dans ce film, la troupe de Thorin joue une course contre la montre car tout ce beau monde doit être devant la porte d'Erebor à un moment extrêmement précis et le temps ne joue pas en leur faveur. Structuré en trois actes et demi,  le film parvient à faire passer cette tension de façon assez paradoxale: Ils avancent étape par étape avec en bout de course La Montagne Solitaire. A chaque étape, des nouveaux protagonistes sont introduits, un nouvel obstacle se dresse, et on passe à l'acte suivant. Sauf qu'ils passent énormément de temps aux mêmes endroits, avant de repartir à l'allure du sprint. On comprend dès lors qu'ils ne sont pas là pour la beauté du paysage. Qui soit dit en passant, est tellement beau que l'office du tourisme néo-zélandais pourrait très bien s'en servir dans des spots promotionnels.

Excepté lorsqu'ils sont remplacés par des écrans verts (plus nombreux que jamais). En effet, la technique est omniprésente, jusque dans la conception des personnages. Là où Peter Jackson en usait avec parcimonie dans "Le Seigneur des Anneaux", on n'y est plus dans "Le Hobbit" et à plus forte raison dans celui-ci. En découle une impression d'univers totalement artificiel (pour peu que d'authentiques orques et gobelins existent). Mais c'est le genre de détail qui vous sort légèrement du récit. Même constat s'agissant de la manière dont les images sont filmées. Plus particulièrement le format à 48 images par secondes dont Peter Jackson est friand. Il se veut plus réaliste cependant,  le film ressemble souvent à une télé novela filmée en HD.

Rayon personnages on continue bien évidemment avec les mêmes:

- Gandalf (Ian McKellen) tout en sobriété qui garde un oeil bienveillant sur ses partenaires alors qu'un mal encore plus grand pèse sur toute la Terre du Milieu.

- Bilbon (Martin Freeman) casanier et rabat-joie dans un premier temps puis fier compagnon d'armes, il continue sa mue tout en étant de moins en moins insensible à l'influence de l'Anneau de pouvoir. Martin Freeman incarne parfaitement cette naïveté hobbit ainsi qu'un courage et une obsession naissante teinté d'une pointe d'humour jusque dans sa gestuelle.

- Thorin (Richard Armitage) pour qui la fin commence à justifier les moyens, au point qu'il devient presque un antagoniste. Au départ motivé par un idéal de rédemption, il commence à faire sien les péchés du grand-père. Sa conduite entraînera des tensions au sein du groupe.

- Les douze autres nains sur lesquels j'arrive parfois à mettre un nom. En particulier les frères Kili (Aidan Turner) et Fili (Dean O'Gorman), qui sont nettement plus mis en avant. Balin (Ken Stott) le plus vieux et le plus sage, souvent du côté de Bilbon lorsque le reste de la troupe émet des doutes à son sujet. J'avoue avoir une certaine préférence pour  Bombur (Stephen Hunter) un nain roux et obèse aux techniques de combat particulièrement inventives. 

Comme évoqué plus haut, le groupe fera la connaissance d'autres personnages à chaque nouvel acte: 

Legolas (Orlando Bloom) et Tauriel (Evangeline Lilly) dans La Forêt Noire, à la fois territoire des araignées géantes et Royaume des elfes de Thranduil (Lee Pace) peuple qui avait tourné le dos aux réfugiers nains d'Erebor, s'en suivra  un racisme profond et mutuel entre les deux espèces.

- Lee Pace campe roi hautain et sur-protecteur, qui surjoue parfois à la manière d'un acteur de théâtre.

- Orlando Bloom retrouve un rôle qu'il occupait il y a quelques années mais dans une version plus jeune; tête brûlée et remplie de préjugés propres à son espèce, moins complexe,  mais toujours aussi efficace au combat, un vrai régal.

- Evangeline Lilly incarne un personnage inventé pour les besoins du film qui manquait cruellement de présence feminine. Une elfe plus ouverte d'esprit, capable de voir au-delà des seuls intérêts du royaume et redoutable guerrière de surcroit. Même reproche que Lee Pace dans le jeu.

Vient ensuite Barde (Luke Evans), contrebandier héros du peuple de Bourg-du-Lac, à défaut d'être celui des autorités locales. Il est le protagoniste principal de ce deuxième acte et c'est aussi le seul qui montre un tant soit peu de scepticisme à l'évocation du plan de reconquête d'Erebor. Convainquant dans son rôle de samaritain.

Puis dans le dernier acte: la bête Smaug (Benedict Cumberbatch) une dragon gigantesque à laquelle il prête non seulement sa voix si caractéristique mais aussi sa gestuelle (motion capture). Un véritable tour de force car il double encore un autre personnage, (chose que j'ai découverte uniquement après le film). Smaug est à certains égards une sorte de fils spirtuel de l'oncle Picsou. Cupide, susceptible, narcissique et par dessous tout sociopathe, Il s'engagera dans une joute verbale avec Bilbon, une scène mémorable au même titre que la rencontre entre ce dernier et Gollum.

Il y a encore quelques apparitions de personnages qui n'ont pas encore été dévoilés dans les bandes annonces. Certains font avancer le récit et leur aide se révèlera précieuse, quand d'autres ne nous rappellent pas directement des personnages de la première trilogie. Une volonté du réalisateur de connecter ces films aux anciens. D'ailleurs, une certaine scène est une réplique exacte d'un passage des Deux-Tours.  Enfin, les gobelins servent d’ennemis récurrents dans cette trilogie. Ils ne sont plus interprétés par des acteurs déguisés mais générés par ordinateur, du coup ils dégagent une impression de boss de jeu-vidéo.

 

Le mot de la fin

 

Cette suite est celle de tous les superlatifs: plus rythmée, plus épique, un casting plus fourni, un brin de romance le tout saupoudré d'une pointe d'humour avec un jeu aux petits oignons. Toutefois, sans vouloir faire les fines bouches, les images sont assez chargées d'effets spéciaux et alternent entre le grandiose et le "ah-je-vois-le-fond-vert". Une constante cependant: la musique de Howard Shore, toujours aussi envoûtante. En dépit de ces légers défauts, j'étais sous le charme du début à la fin! C'est bien connu, les deuxièmes opus sont bien souvent les meilleurs. Malheureusement, le terrible cliffhanger sur lequel le film s'achève m'a douloureusement rappelé qu'il faudra de nouveau attendre un an avant de retourner en Terre du Milieu.

 

 

Le Hobbit: La désolation de Smaug

 

Pays: USA/ Nouvelle-Zélande

Réalisé par: Peter Jackson

Sortie: 11 décembre 2013

Durée: 2 hr. 41 min

Genre: Aventure, fantasy

 

Acteurs et équipe technique

 

Martin Freeman

Ian McKellen

Richard Armitage

Lee Pace

Evangeline Lilly

Orlando Bloom

Luke Evans

Benedict Cumberbatch

 

Ecrit par: Fran Walsh/ Philippa Boyens/ Peter Jackson/ Guillermo del Toro/ Adaptation du livre "Le Hobbit" de J.R.R. Tolkien.

Photographie: Andrew Lesnie

Musique: Howard Shore

Montage: Jabez Olssen

Costumes: Bob Buck/ Lesley Burkes-Harding/ Ann Maskrey/ Richard Taylor

 

D'autres avis

 

Rotten tomatoes: 73% (fresh)

Imdb: 9.1/10 (avis de spectateurs)

IGN: 8.5/10

The Guardian 4/5

Daily Telegraph 2/5

 

Foire aux questions

 

- Est-ce que Peter Jackson a prévu deux versions de son film, à savoir une en 48 fps et une en 24 fps?

Apparemment oui, le film est disponible dans les deux formats, il vous faudra au préalable vous renseigner auprès du personnel.

- Est-ce qu'il en vaut la peine en 3D?

Si tant est qu'une version en 2D existe, la 3D est utilisée avec parcimonie et n'assombrit pas pour autant l'image. 

 

Qui dit nouveau film, dit nouveau générique de fin.

 

Douze ans plus tôt.

 

Enfin, pour l'anecdote et surtout pour les plus courageux/polyglottes d'entre-vous, voici l'intégrale de la version soviétique du Hobbit.

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