L’art contemporain est-il beau ?

De nombreuses personnes s'interrogent lors d'expositions ou de vernissages face à ce type d’art qui provoque souvent questionnement, curiosité, incompréhension ou encore réprobation. L'individu est en effet perdu face à cet ensemble hétérogène de pratiques artistiques, performances, happenings, installations, aux multiples supports, matériaux, procédures techniques et modes d’expression qui entrent dans le champ assez flou d’ "art contemporain". Pensons par exemple aux "gribouillis" de Cy Twombly, aux drippings de Jackson Pollock, aux tubes fluorescents de Dan Flavin, aux célèbres Shopping Bags de Sylvie Fleury ou encore à l'installation Personnes de Christian Boltanski à la Monumenta 2010.

Ces œuvres rentrent-elles toutes dans la définition d'"Art"? Poser ces questions contient indirectement, dans leur formulation, leur réponse. Les poser signifie soit que les critères sont devenus inopérants, soit qu’ils ont purement et simplement disparus, et ont été remplacés par une nouvelle définition de l'Art. Le temps est fini où l'art s'analysait avec des clés de référence reconnues, telles l’imitation, la fidélité à la nature, l’idée de beauté, l’harmonie, et des critères esthétiques, qui valorisaient le savoir-faire et rassemblaient de manière assez unanime l'ensemble du public d'amateurs d'art.

Mais tout critère esthétique aurait-il vraiment disparu ? Comment pourrait-on alors expliquer la sollicitude dont l’art contemporain est l’objet en particulier de la part des collectionneurs, des professionnels de la culture et des maisons de vente aux enchères? Se feraient-ils tous berner? Les individus ou institutions culturelles qui paient des sommes aussi exorbitantes que US$ 43,76 millions pour la sérigraphie d’Andy Warhol 200 One Dollar Bills, €16,3 millions pour Balloon Flower (Magenta), une sculpture en acier chromé de Jeff Koons ou encore US$ 8,7 millions pour Gray Number, une œuvre à l’encaustique sur toile de Jasper Johns pourraient-elle se tromper?

Il semble que plutôt que de se trouver face à la disparition de l'art, on soit plutôt au cœur d'un effervescence artistique inédite qui s'est simplement accompagnée de la disparition des codes traditionnels de la représentation ou de la perception. Désormais, tout objet considéré comme de l’art n'est plus ipso facto placé sous le régime de la beauté. Il nous faut retourner à la notion d'art, sans définition figée, mais reflet d'un geste artistique de l'artiste qui donne à voir, à réfléchir au spectateur et lui ouvre l'espace de l'expérience artistique. Le beau n'est plus nécessaire, ce qui importe c'est ce voyage aux côtés de l'artiste. Ces objets ne deviennent des œuvres que sous notre regard, pour autant que celui-ci entre dans le jeu et l’agrée. Ce ne sont pas tant des œuvres, que des propositions d’œuvre qui se transforment en œuvres d’art dans la rencontre inédite avec le regard du spectateur.

Aussi peu importe la beauté de l'œuvre, tant qu'elle sert de passerelle vers un voyage artistique.

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Submitted by julie on Thu, 22/04/2010 - 08:27