A la recherche d’Emma Bovary dans le canton de Vaud

Et si Emma Bovary était une femme du XXIème siècle : de quel genre de femme pourrait-il s’agir? Comment serait-elle vêtue? Regarderait-elle beaucoup MTV à la télévision? S'étalerait-elle de l’auto-bronzant dans sa salle de séjour? En d'autres mots, quels seraient ses rêves d’évasion? et surtout... dans quelle ville vivrait-elle?

Fabrice Gorgerat a décidé de se rendre dans la ville de Payerne, avec sa troupe et l’appui de l’anthropologue français Yoann Moreau, pour y mener un travail de terrain d’une quizaine de jours à la recherche de Madame Bovary.

Exploration des lieux: ses cafés, ses maisons, ses rues, ses écoles. On interroge les marchandes, les serveuses et on loue les services d’un guide de campagne: « je vais vous montrer la limite entre Fribourg et Vaud : c’est curieux ! vraiment curieux ! ». Ces échos de la ville de Payerne ne sont-ils pas les signes qui annoncent pas loin de là la présence d’une Emma?

Dans cette ville de Payerne que le metteur en scène affectionne - sa famille est originaire de la région - où coule la Broye, nous dit-on, rivière bien trop peu profonde pour s’y suicider et où même les trains vont trop lentement pour s’y jeter dessous, on s’assied et on rêve de provincialisme, comme Emma rêvait de Paris… Est-ce que l’idée de provincialisme est transposable à la Suisse, alors que ce pays, dilué qu’il est dans le trilinguisme, ne dispose pas de ce pôle culturel qui fasse l’unanimité et par rapport auquel l’individu provincial devient tout désigné ?

Des réponses se dessinent. De cette quête, il ressort non pas une, mais trois Emmas, interprétées par les comédiennes de la place: Fiamma Camesi, Anabel Labrador et Dominique Godderis. Parties prenantes du séjour, elles racontent leur quête, et plus elles se racontent, plus elles se réalisent à leur manière en Emma(s).

A travers le jeu des actrices, on entre à un niveau beaucoup plus incorporé d’Emma, qui est si brillamment décrit par Flaubert et constitue la matière centrale de la pièce. Au fil de son déroulement sur un mode déliquescent, cette composition théâtrale enrichira grandement l’imaginaire de celui qui viendra la voir, à l’égard d’un « mythe » qui reflète dans le fond d’avantage le réel que le littéraire.

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Submitted by iagoda on Fri, 18/03/2011 - 20:55