ISEA 2010 - retour sur le Symposium International des Arts Électroniques

A la fin du mois d’août 2010 se sont réunis des artistes-chercheurs du monde entier pour présenter leurs travaux dans le cadre de conférences et workshops, mais aussi d’expositions et de performances. Ces symposiums se réalisent sous l’égide de la fondation ISEAweb créée à Amsterdam en 1990, qui en garantit la mise en place chaque année dans des villes différentes (à San José/USA en 2006, à Singapour en 2008, à Belfast en 2009 et à Istanbul en 2011). Concernant les arts électroniques, ils incluent toutes les formes d’art qui exploitent de manière centrale les nouvelles technologies l’informatique, les moyens de communication, la cybernétique, mais parfois également la chimie ou la génétique.

Au sein des workshops et des conférences, une place particulière a été consacrée aux penseurs des nouvelles technologies latino-américains et à ses artistes très inventifs, de même qu’a été présenté un site web qui répertorie les artistes électroniques moins visibles du continent (www.netart.org.uy). Cette présence, qui a été l’occasion pour des chercheuses et chercheurs d’horizons très différents du continent de se rencontrer, a culminé avec une soirée intitulée «Electro-Cumbia», non sans sens de la dérision et de la fête. Ces performances de musiciens ont mêlé la musique populaire par excellence de l’Amérique latine avec une esthétique électronique et des ensembles technologiques improvisés des plus délirants.

Comme on peut le visionner dans l’extrait-vidéo ci-dessous, le flux des images du VJing est contrôlé par une espèce de machine à faire de la fumée, calumet de la paix électronique.

Parmi les performances centrales du symposium, on doit mentionner le travail de «télépercussion» de l’artiste japonais Wada Ei. Ce dernier, bien positionné à l’intérieur de son installation d’une dizaine de vieux postes de télévision, produit des rythmes de sons à mesure qu’il avance sa main d’un champ magnétique d’écran à un autre. Ce faisant, il joue avec les capacités liminales de ses instruments, comme cela arrive souvent en musique contemporaine, et en jouant de l’écran, il offre un exemple remarquable de synesthésie technologique, la synesthésie étant le mélange des sens.

De telles expériences ont côtoyé des œuvres plus habituelles et qui ne recherchaient pas spécifiquement un effet spectaculaire. Un certain nombre d’œuvres d’art vidéo, plus classiques, étaient également au programme, bien que celles-ci ne soient généralement pas considérées comme des arts électroniques du fait qu’elles occupent déjà une grande assise dans l’art contemporain.

Les créations présentées dans les expositions étaient somme toute de qualités inégales, certaines faisant apparaître de réelles inconséquences entre ce qu’on affirmait d’elles dans le descriptif, les intentions de leur auteur et ce qu’elles offraient à voir. Néanmoins, parmi les travaux qui frappent l’imagination, on mentionnera « the Snail on the Slope » un film génératif de l’artiste Vladimir Todorovic dont on pourra visionner l’intégralité plus bas, de préférence sur un bel écran. Un tel film ‘génératif’ a été produit semi-automatiquement à l’aide d’algorithmes mathématiques, ce qui permet à son auteur de tracer des univers utopiques à travers les ensembles de courbes qui conviennent à son propos.

Enfin, pour revenir à cet accent donné à l’art électronique en Amérique latine durant le symposium, on ne peut pas passer sous silence les recherches de l’artiste mexicain Arcángel Constantini. Dans sa recherche intitulée 'Nanodrizas', il donne à voir treize robots autonomes qui ont la forme de soucoupes volantes, à la fois autonomes et à même de se concerter pour nettoyer, théoriquement ou s’ils étaient multipliés en grand nombre, les rivières du Mexique. En répondant aux questions de l’auditoire dans le workshop, l’artiste a mis en formule une véritable perspective ouverte par ce type de manfestations artistiques : « Dans les années vingt, trente, cinquante, on pouvait rêver les robots et imaginer le futur en le racontant à travers des œuvres de science-fiction. Aujourd’hui, en tant qu’artistes électroniques, on devient à même de façonner ces robots, soit de réaliser des prototypes, de véritables simulacres de ces visions d’avenir avec lesquelles le spectateur vient se confronter. »

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Submitted by iagoda on Wed, 20/10/2010 - 15:36