Illusions comiques d'Olivier Py

Olivier Py, grand habitué de la scène opératique à Genève, revient pour notre plus grand plaisir pour l’art de ses débuts, le théâtre. Il le tourne, retourne sous tous ses angles, se moque de lui, le met en abyme, lui rend hommage, il s’amuse et nous avec. On le suit dans ses élucubrations intellectuelles sans fin qui nous embarquent dans des voyages verbaux de haut vol.

On le suit, on le perd au détour d’une phrase avant de suivre à nouveau ses traces dans ce chemin empreint de références et de réflexions philosophiques ou sociologiques. Les Illusions comiques s’ouvrent sur un cauchemar en forme de farce ; le poète, «Moi-même», découvre avec ses camarades que le monde entier est soucieux de sa parole. Les journalistes, les politiques, les prélats, les marchands de mode, sont soudainement pris d’une épidémie d’amour du théâtre. Comme si l’humanité avouait que le théâtre est le seul outil de métaphysique, ou au contraire la seule manière d’échapper à la métaphysique, la seule manière de vivre dignement. Le poète, Olivier Py, accepte de prendre le poste de Ministre de la Culture puis devient président de la République et devient en quelques heures le prophète et le héros qui peut répondre à tous les désarrois du temps et à toutes les inquiétudes éternelles. Il se retrouve alors en proie aux critiques de ses camarades comédiens, dans leurs propres rôles, qui restent perplexes face au succès planétaire de leur art, de leur art qui leur devient tout à coup étranger. C’est alors qu’est lancée une grande réflexion sur le théâtre, son sens, les attentes des artistes et du public. 

Olivier Py indique dans sa lettre d’intention que « le texte a la prétention ridicule de tout dire sur l’art dramatique et le mystère théâtral. La cavalcade politique du poète, à qui on demande plus que des mots, est entrecoupée de leçons de théâtre, dans lesquelles on découvre que le théâtre de boulevard, la tragédie et le drame lyrique sont trois pensées de l’homme et de sa parole ».

La palme du jeu revient au délirant Michel Fau qui nous cloue à notre chaise et nous arrache des éclats de rire à gorge déployée avec les cours de théâtre, leçons de vie, qu’il donne à Tante Geneviève, tante du poète engoncée dans son tailleur rose et sa bourgeoisie provinciale, qu’il incarne lui-même. Enfin, notre esprit se laisse emporter par les cents définitions du théâtre qui s’emparent de la scène pour clore le spectacle en beauté. « L’adolescent : Nous sommes libres, voilà l’horreur, le théâtre est la musique de cette liberté ». « Dieu. Le théâtre est le lieu où les choses cachées depuis le début des temps sont révélées sans qu’on puisse toutefois les comprendre absolument ».  « Le théâtre est un miroir au cœur de la ville qui sert à nous rappeler que tout est théâtre ». « Le théâtre est miroir dans lequel la totalité du monde se recompose comme totalité ». « Le théâtre est un Narcisse qui ne tombe pas à l’eau ». Une merveille !  

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Submitted by julie on Tue, 02/06/2009 - 16:21