Firefly, les raisons d’un échec

Si vous ne connaissez pas Firefly, il faut de toute urgence combler cette lacune. Cette série western-science-fiction avec des pincées de piraterie est de toute beauté, portée par des personnages solides, riches et drôles, des histoires bien corsées qui vous laissent un arrière-goût délicieux, un visuel plus que convaincant, et une ambiance générale, un peu hors-la-loi et aventurière, vraiment réjouissante.

Le monde de Firefly, c’est un système solaire dominé par l’Alliance, gouvernement monolithique tenant d’une poigne de fer les planètes centrales, havres de paix et de richesse. Plus loin, les mondes périphériques, où la vie est plus précaire et sauvage. C’est là qu’on trouve le capitaine Mal Reynolds et son vieux tacot stellaire, le Serenity, bourlinguant d’un boulot louche à l’autre avec son un équipage de laissés-pour-compte.
C’est vraiment une toute bonne série. Pourtant, à la fin de la 1ère saison, elle n’a pas été renouvelée, et je me suis demandé pourquoi. Voici quelques éléments de réponse.

Tout d’abord, et c’est peut-être un peu tiré par les cheveux, mais quand même, il n’y a pas de son dans l’espace. Pour moi, respecter ce fait scientifique indéniable est un rare signe d’intelligence science-fictionnelle ; il est quasi systématiquement ignoré dans le cinéma. En effet, pour le butor moyen, il faut des bruitages, et si ça ne fait pas boum quand un vaisseau explose, il ne comprend pas, il pousse un grognement d’insatisfaction.

Ensuite, dans le monde de Firefly, on parle mandarin. A comprendre que là, si le dialogue général est en anglais, les personnages lâchent parfois une bordée d’injures ou quelques mots en mandarin (bizarrement, on ne voit pas un seul Asiatique dans le monde). Ce qui est une touche de réalisme bien vu, intelligent, je trouve, mais qui à l’époque devait très mal passer auprès du public étatsunien. Dans le récent jeu vidéo Call of Duty Black Ops II, les Chinois sont montrés comme une grande puissance, sans que ça ait entravé le succès du logiciel, mais une telle acceptation de la montée en puissance du rival oriental est toute récente. Bien sûr, le public a un rejet de base face aux langues étrangères, ce qui n’arrange rien.

Dernier point, et non le moindre, l’anti-christianisme du capitaine. L’équipage est rejoint par un prêtre, à qui le capitaine fait vite comprendre, à plusieurs reprises, que "Dieu n’est pas le bienvenu" à bord. Aux USA, aimer la science-fiction n’implique nullement qu’on ne soit pas chrétien, et ça ne pouvait que blesser les sensibilités. Buffy, par comparaison, avait de bonnes fondations chrétiennes.

Tous ces facteurs n’ont pas déclenché de censure explicite, d’attaques, ni même de désapprobation. Mais au total, elles ont dû faire que, vaguement, la série déplaisait au grand public, au grand dam des fans inconditionnels qui ont tenté de la ressusciter. Firefly a aussi pâti d’une gestion suboptimale de la part du réseau Fox (émission des épisodes dans le désordre, restrictions arbitraires au réalisateur).

A savoir: l’univers de Firefly est prolongé dans le long métrage Serenity, aussi bon que la série, et dans une série de comics.

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Submitted by Titus on Tue, 19/02/2013 - 19:08