Emotion, liberté et état de droit

A Toulouse le 11 mars alors qu'il descend à peine de sa moto le sous-officier Imad Ibn Ziaten, est abattu d’une balle dans la tête à bout portant. Le 15 mars à Montaubant, c'est Mohamed Legouad et Abel Chennouf  qui sont sauvagement assassinés devant un retrait d'argent. Il est 8h00 ce lundi 17 mars quand il assassine à bout portant 3 enfants et un adulte devant une école israélite de Toulouse. La tuerie des petits de Toulouse a ému le monde, une grande partie en tout les cas, que ceux-ci fussent juifs, arabes, chrétiens ou d'une autre confession, ne fut qu'un détail quant il fallut qualifier de barbarie cette monstruosité. Aujourd'hui, Mohammed Merah, probable coupable dans le massacre de Toulouse, est mort des suites de l'assaut du RAID*.

- L'affaire est clause comme diront certain.

- Il est temps de prendre des mesures afin que plus jamais cela ne se reproduise, harangueront d'autres.

- Nous ne saurons jamais le tenant et aboutissant finirons par prononcer quelques-uns.

Ces drames, les atrocités commises ainsi que la fin du principal suspect, posent  nombre de questions, pas sur la qualité de l'enquête, de l'intervention, mais sur notre capacité à faire les bons choix alors que l'émotionnel prend le dessus. De tout temps, à choc donné il y eu réponse,  mais sommes nous réellement près à sacrifier sur l'autel du sentiment de sécurité une once, encore, de nos libertés? Avons-nous réellement le recul nécessaire afin de prendre les mesures utiles qui permettront à l'avenir d'empêcher ces horreurs ? Devons-nous encore accepter des lois qui, sous couvert de sûreté, ne sont bien souvent que des actes liberticides, et ce surtout pendant la grande messe électorale française, qui a son terme désignera un nouveau président pour la république, sachant que pendant ces périodes, nos chers politiciens se battent pour préserver leur pain quotidien et ne pose, comme promesses que celles pouvant plaire au plus grand nombre.

Pensons à ces projets de lois qui surgissent en pleine période de grande émotion, tels que les demandes d'instaurer la peine capitale suite à des meurtres violents ou encore récemment à Genève la loi pour réduire le droit de manifestation et le droit de réunion afin d'empêcher les actes d'incivilité tels qu'observés pendant la manifestation devant l'OMC en 2009. En France, ces dernières années, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, ce ne sont pas moins de quinze lois sur la sécurité qui ont été ajoutées au Code pénal.

Cela a aussi lieu à une autre échelle, tout près de chez nous. Je vis dans un immeuble locatif d'une zone populaire de Genève. Depuis quelques années des faits d'incivilité sont fréquents dans nos allées: détritus jetés par terre, bruits de fête durant le week-end, incendie de poubelle, etc. Un comité de sécurité s’est formé début 2007 et a exigé de la régie des mesures: caméras dans les allées, digicode aux portes, patrouilles de nuit afin que les problèmes cessent. Ces mesures furent prises, sauf les caméras, heureusement. Un soir de 2009 un incendie éclata au 9e étage. Lorsque les pompiers voulurent intervenir, ils durent détruire les portes protégées, leur remplacement coûta à la collectivité plus que les dégâts liés au feu. Les codes ont été remplacés par des badges ceci afin d'empêcher les informations pour ouvrir les portes de circuler. Il m'arrive souvent de croiser des personnes âgées attendant devant les portes d'entrée de l'immeuble, elles ont oublié leur badge. Jusqu'à peu il y avait toujours des bruits dans les allées la nuit, toujours des déchets sur le sol après les week-ends. Il aura suffi que nos bailleurs décident d'installer des poubelles et des cendriers pour que cela cesse…

Que nous parlions, de minaret, de liberté d'expression, du droit au voyage, de déchets jetés à même le sol ou de peine de mort, faisons bien attention, à chaque loi édictée sans recul nécessaire, à chaque amendement, où l'émotion remplace la raison, à chaque mesure prise sans réelle réflexion. C'est en effet un peu de nos possibilités d'actions qui s'effritent, sans garantie de succès. Aucune loi ne pourra supprimer la criminalité, l'intolérance, la pauvreté. Si tel avait été le cas ces fléaux de l'humanité auraient, depuis bien longtemps, été relégués au rang de souvenir.  Ce n'est pas uniquement de policiers, de militaires, de prisons, de guerres que nous avons besoin pour lutter au quotidien afin de repousser au plus loin ces atrocités.  N’oublions jamais que si nous somme là aujourd'hui c'est aussi parce que de tout temps, nous avons risqué pour nos vies et que cela nous a permis d'évoluer.  Les drames qui peuplent nos existences nous permettent de nous endurcir, malgré la peine légitime que nous ressentons et ont permis à la grande humanité d'avancer sur les chemins inconnus de nos avenirs.

Prenons garde à nos rêves de sécurité ils pourraient se réaliser, et ce jour plus rien ne nous arrivera, jamais.

N'oublions jamais Benjamin Franklin: "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux." 

 

*Recherche Assistance Intervention Dissuasion, groupe d'élite de la police nationale.

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Submitted by Bérenger on Sun, 08/04/2012 - 06:23