Diane Arbus - Jeu de Paume

Née à New York en 1923, Diane Arbus a inventé un nouveau langage visuel pour regarder l’Homme. Véritable anthropologue de l’image, elle a inlassablement photographié ses semblables ; soit en s’intéressant à leurs visages, leurs corps, soit en investissant leur environnement par l’observation des rites sociaux et des cérémonies de son époque. La carrière professionnelle de Diane Arbus commence tard. Si son mari lui offre son premier appareil en 1941, ce n’est qu’à la fin des années 50 avec leur séparation qu’elle se lance dans une pratique autonome de la photographie. Elle arpente sans relâche les rues de New York et les États-Unis à la recherche de l’extraordinaire banalité de la société de son temps. Photographe de la pureté du réel, Diane Arbus produit une œuvre abondante et magistrale à laquelle son suicide en 1971 laissera un goût d’inachevé.

« Pour moi, le sujet de l’image est toujours plus important que l’image. Et plus complexe. »

Capable de regarder l’Autre et curieuse de tout, Diane Arbus est passionnée par la réalité de ses sujets, leur intimité et leur différence. Elle utilise l’image comme un moyen de les connaître, de tisser des liens vers leurs univers personnels comme si la photographie pouvait produire un contact et conserver leurs traces. Oscillant entre un travail de documentariste et la production d’une vision artistique et subjective de son époque, l’œuvre d’Arbus est inclassable. La richesse inouïe des sujets et les innombrables questionnements qu’ils soulèvent plongent le spectateur au cœur d’une humanité inquiétante, fascinante et familière. Si Diane Arbus est connue pour s’être intéressée aux personnages « hors normes » (handicapés, travestis, forains…), on ne peut manquer d’être frappé par les sentiments paradoxaux que suscitent ses clichés. Car l’étrange nous paraît intime, presque apaisant quand le familier devient dérangeant… Une leçon pour le regard.

« Une photographie est un secret sur un secret. »

Voilà une phrase qui ne manque pas de prendre son sens quand on se trouve devant les portraits d’Arbus. Au fil de l’exposition, nous rencontrons des dizaines de visages qui expriment chacun à leur façon la sensibilité particulière des sujets. Une partie du génie de la photographe réside dans cette capacité à nous donner accès avec une profondeur transparente à l’intimité des hommes que nous regardons. Les clichés déclenchent des impressions fugitives, des sentiments parfois confus, toute une série de réactions qui semblent former les clefs déverrouillant notre compréhension de l’Autre. On perçoit alors un état, un instantané de sensations qui disent beaucoup de l’humanité du sujet. On réalise pourtant bien vite qu’une partie de la réalité est restée cachée comme si la photographe avait su d’avance combien il était vain de poursuivre la totalité chez l’individu. L’humilité de ce regard qui accepte le secret que chacun porte est une des dimensions les plus émouvantes de cette exposition. À mesure que l’on progresse au cœur des images, la présence constante de la photographe s’impose cependant à travers une certaine impression d’unité. Elle agit comme un filtre qui confère une fragilité globale à tous les portraits, une lucidité presque effrayante. On se retrouve à observer l’intimité d’une femme qui regarde l’intimité de ses sujets ; mais ici encore se dégage un non-dit. C’est l’autre secret, celui d’Arbus.

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Submitted by Chloé on Fri, 10/02/2012 - 17:16