De l'air, de l'air ou du vent ?

Codirecteur artistique de Charleroi/Danses depuis 2005, centre chorégraphique de la communauté française, Pierre Droulers présente à l’ADC du 28 au 31 mars sa pièce De l’air et du vent créée en 1996. Une étape importante dans le parcours du chorégraphe, qui faute de nous rafraîchir nous replonge dans le contexte créatif des années 90’.

 

Quelles formes peuvent prendre les émotions de l’air et du vent ? C’est ce à quoi tendent de répondre les cinq danseurs de Pierre Droulers, parvenant à saisir l’insaisissable et à rendre visible l’invisible. Des corps dans le vent, dans la tempête, dans le calme du petit matin. Des corps qui doivent résister, se tordre, se blesser, avant de retomber, poupée de chiffon. En travaillant sur la sensation, le chorégraphe modèle des corps habités par le mouvement et l’émotion. Les thématiques de l’air et du vent sont portées par des danseurs d’une grande dextérité, dont la solidité technique est remarquable.

En partie écrite, la pièce s’articule autour quelques phrases, qui semblent obéir à un rythme intime. La gestuelle oscille ainsi entre improvisation, interprétation et création. En plasticien du corps, Pierre Droulers sculpte, contorsionne et frictionne son sujet. Ce faisant, il bâtit une relation intime entre le danseur, le mouvement de son corps et la poésie de leur lien. L’air est gonflé, suspendu, soufflé. Il a sa propre vie. Il a ses émotions et l’on passe du bord de mer, à la cour de récréation, à la tension des premiers émois amoureux. On se trouve sur une balançoire, on ressent entre nos doigts le souffle de l’air créé par le mouvement. 

Cependant, cette pièce présente une certaine fragilité dans sa construction. Malgré la grande sensibilité du propos, le résultat manque d'homogénéité. Et bien que la performance physique que nous offrent les 5 danseurs est incontestable, la pièce ne se relève pas totalement de ses longueurs. La recréation de celle-ci semble nous plonger dans un univers déjà passé, aux articulations démembrées, où la répétition creuse notre lassitude, et l’on se sent ravie à la vue du final.

Toutefois, on gardera en mémoire quelques instants précieux : un ballon qui se gonfle d'air tandis que des poumons se vident, des bruits de papiers froissés, un corps indécis comme une girouette en plein vent, un autre en proie au déséquilibre, des orteils en éventail, écarquillés au monde, et un sac plastique qui danse. Véritable morceau de poésie urbaine qui annonce trois ans plus tard sa consécration dans American Beauty de Sam Mendes (Oscar du meilleur film en 2000), c’est dire si c’était dans l’air du temps... Pierre Droulers a le mérite d'avoir su rythmer De l'air et du vent comme une respiration, mais malheureusement 12 ans après elle nous laisse un souffle au coeur. 

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Submitted by sandbp on Sun, 01/04/2012 - 16:47