Antigel Festival: Un Samedi soir sur la Terre.

Le festival Antigel s'est enfui depuis longtemps déjà, mais c'est un souvenir durablement ancré que cet artiste a laissé dans ma mémoire avec son spectacle Adishatz [se prononce "adiciyatz" ou "adichiyatch" selon la région] présenté le 12 février dernier.

Disons le tout de suite, je ne suis pas fan de ses collaborations avec Gisèle Vienne. Bien qu'elles soient toujours d'une très grandes qualités, ce n'est pas ma tasse de thé. Mais avec Adishatz, il signe l'un des spectacles les plus intimes de son répertoire. Lui qui aime tant interpréter des personnages torturés, déchirés, le fait avec une telle délicatesse, que le sordide en devient pathétique et tellement ordinaire qu'on ne peut que compatir à la cause de ses personnages.

C'est dans une ambiance à la "Nouvelle Star" qu'un jeune homme au poil collé vient nous interpréter les standards d'une génération. Durant un instant, on ne sait plus vraiment si nous sommes le jury ou... le miroir de la salle de bain. Mais qu'à cela ne tienne, nous voilà tenus en haleine par une voix captivante, qui nous renvoie inévitablement à nos souvenirs. Ce tour de chauffe, nous prépare comme une Britney des bals discos, à entrer dans le Samedi de tous les samedis, la nuit de tous les interdits. Une nuit où le Must, le Macumba et la Bulle deviennent tour à tour les petits théâtres de nos minuscules gloires et grandes déchéances. Il se dégage de ce spectacle un profond malaise. Pire que la débauche, la solitude d'une paillette coincée entre deux battements de cils, le gouffre d'une relation père fils, et les nuits Tarbaises sont passées dans le mouliné à géométrie variable du fantasme. L'alcool, les starlettes d'un soir, la testostérone, les rêves brisés et ceux qui se sont envolés loin du nid: tout y passe.

Quelle est l'origine de ce travail ?
"Adolescent, outre mes exercices d’imitateur, j’apprenais et chantais fréquemment des “tubes” et principalement ceux de Madonna. En 2007, j’ai constitué un répertoire “Madonnesque” associé à d’autres hits de discothèque mais aussi à des chants traditionnels pyrénéens. Ce tour de chant a été chanté a capella à Berlin puis dans différents lieux, de manière spontanée, rendant ainsi l’objet très intuitif. À partir de ce point de départ, je souhaite aujourd’hui travailler sur l’écriture d’une pièce, dans laquelle le matériau chanté et l’imitation seront intégrés et articulés sous forme d’autoportrait. Convoquant le registre de l’autofiction, sorte de documentaire sous forme de confession qui met en évidence l’itinéraire d’un personnage entre vie réelle et vie fantasmée ou rêvée, cette pièce sera écrite à partir de chansons, de conversations, qui évoqueront comme des carnets intimes, les racines ou la famille." (Jonathan Capdevielle)

En 1h10 de spectacle, Adishatz est tout à la fois un bonjour et une recommandation à Dieu. Une vrai tranche de Sud Ouest, un spectacle authentique, où la chaleur se heurte à la moiteur des fins de nuits, souvent sordides. Des expériences que chacun masque à grand coup d'exagération digne de la mythologie personnelle, avant de regagner silencieusement sa montagne.

Si vous êtes à Brest, vous arez la chance de voir ce spectacle, à ne rater sous aucun prétexte, dans le cadre du Festival Les Anticodes. Jonathan Capdevielle se produira au Quartz, Scène Nationale de Brest le 6 mars 2010.

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Submitted by sandbp on Sun, 27/02/2011 - 13:57