Antigel, on en boirait!

Antigel est vraiment un festival unique dans mon expérience. Je ne connais pas d’autre manifestation qui invite les gens à explorer les catacombes de la voirie, assister à des concerts dans une piscine, ou du théâtre dans un hôpital. J’ignore où, quand et comment quelqu’un a dit « et si on faisait des concerts au milieu des camions-benne », mais j’imagine que ça devait être une soirée intéressante. A moins que la personne ait reçu l’idée par un songe sorti de la porte de corne, par une nuit d’été, qui lui aurait dit « l’hiver vient ». En tout cas, avec la surenchère endémique de festivaux identiques le concept inhabituel est une bouffée de fraîcheur qui – même en plein mois de février – soulage énormément.

Je ne vais pas prétendre qu’il n’y a pas à prendre et à laisser, la programmation est trop variée pour y trouver à tous les coups son compte. Mais même si d’aventure l’artiste laisse un peu froid, le simple fait de se retrouver dans ces endroits insolites, ou dans ces endroits solites sortis de leur existence normale, justifie normalement déjà le déplacement.

J’ai eu la chance cette année d’assister à Shigeto aux Bains de Cressy. Je n’ai pas de mots pour décrire la sensation d’assister à un concert, plongé dans des eaux thermales. Pourquoi on ne fait pas ça tous les weekends, je n’en sais poutre rien. Et monsieur Shigeto est un excellent performer, sensible à son public (et qui pond du bon son).

François Chaignaud. Le nom pourrait tout à fait désigner le boucher de père en fils dans un bourg du Poitou-Charente. Mais, comme on le dit, la bille ne fait pas l’avoine, et en fait cette personne est un danseur, et son spectacle est un des plus bizarres que j’aie eu le plaisir de voir. Il danse, son costume dit autant carnaval de rio que kathakali. Pour une raison qui n’appartient qu’à lui, il tient un serpent vivant. Plus tard, il porte sanglée au dos une longue chose d’osier. Il chante comme Maria Callas, comme Boris Christoff, en italien (ou plutôt en frioulan), en ukrainien. Tout cela dans l’atrium du musée Ariana, entouré de spectateurs mystifiés assis sur des sièges gonflables transparents.

Enfin, la visite des tréfonds de la voirie était un beau moment d’irréel, parcours ponctué de fous, dont les plus barrés certainement le Julian Sartorius Drum Ensemble, un groupe qui ne détonnerait pas dans une vieille cave psychédélique.

Bref, merci, Antigel, de nous faire part de tes révélations, de nous ouvrir des portes, de nous montrer des trucs aussi zarbis. Et à l’année prochaine.

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Submitted by Titus on Sun, 02/03/2014 - 17:15