Antigel en backstage

De la billetterie, aux bars in situ en passant par la comptabilité, Italic leur a donné la parole.

 

 

 

Quel spectacle auriez-vous choisi sur toute la programmation ? 
Antonella, chargée de la billetterie, rappelle que «le principe d’Antigel, c’est justement de pouvoir picorer tout au long du programme», alors choisir un seul spectacle devient une tâche ardue. Pour Bassir, assistant comptabilité, il était ravi de revoir Cat Power, qu’il avait découverte il y a plusieurs années dans une salle ultra confidentielle. Aurèle, chargé de la programmation du Made in Antigel, se pose la question à contre temps. Comment aurait-il abordé le programme en étant «lui» avant de travailler pour le festival et maintenant qu’il a parcouru ce chemin ? Il y a 6 mois, il aurait sans hésité choisi Antigel allume les Cheneviers!, le mélange des genres et du public dans un lieu genevois atypique lui a tout de suite parlé. Mais aujourd’hui, il avoue être fasciné par Mirel Wagner, chanteuse et guitariste finnoise «sorte de Léonard Cohen au féminin». Quant à Gabor, cochargé de la production danse avec Cécile, il se réjouit de voir Fabien Barba dans son spectacle A Mary Wigman dance evening. Car si la programmation est fortement marquée par le folk, la danse a su se faire une place de choix et présente des pièces jusque-là inédites à Genève. C’est d’ailleurs le choix de Nuno, responsable des bars, qui au travers de ses discussions avec Claude Ratzé, est aujourd’hui curieux de découvrir The Forsythe Company.

Et s’ils devaient définir Antigel en un mot, en une boisson ou en un chiffre ? 
Pour Nuno, ce serait sans hésiter du « Red Bull! Une boisson hyper énergisante qui vous secoue et vous fait tenir jusqu’au bout du festival ». «Rose» s’exclame Antonella, évidement s’il y a bien une couleur pour définir le festival c’est bien celle que le programme affiche. Quant au chiffre Antigel, pour Bassir c’est « le chiffre 3 ». Comme Thuy-San, Claude et Éric, les trois mousquetaires de la culture ? Comme la danse, la musique et l'insolite ? Il n’en dira pas plus et laisse la porte ouverte à toutes les interprétations. Lorsqu’on demande à Gabor de nous faire une sculpture-dansée d’Antigel (ce qui vous le conviendrez est difficile à retranscrire sur le papier), il amalgame toutes sortes de chaises en une architecture improbable. Une cité, peut-être ? Et alors qu’Éric pousserait bien les murs pour faire d’Antigel un boulevard, Gabor s’en affranchit, et s’y engouffrer tel quel, sans perdre de vu son objectif, il explore le terrain de la créativité.

De jeunes bénévoles motivés,
Au cour de cette immersion dans les coulisses du festival, nous faisons la rencontre de Nola, 17 ans à qui on demande ce qui lui a donné envie de devenir bénévole pour le festival. D’abord hésitante, elle finit par expliquer sa rupture scolaire, l’envie de rien, et comment Antigel lui a donné confiance. «Je n’ai pas envie de les décevoir, ils sont tellement ouverts, ils ont tellement de travail, si je peux les aider c’est tant mieux».  Un peu plus tard, Cécile nous raconte «Quand j’ai su qu’elle n’avait que 17ans, je n’en revenais pas! Elle est tellement responsable et mature. On peut vraiment compter sur elle». Est-ce que ce festival aura fait naître une nouvelle vocation ? Nola ne le sait pas encore, «je vais me laisser le temps de trouver ma voie, mais en tout cas c’était une sacrée expérience».

Un festival international qui tisse un lien local,
Claude, architecte, fait partie de l’association du Moulin à Danse (le MàD). Il nous explique que «c’est naturellement qu’il s’est porté volontaire pour officier bénévolement en tant qu’arbitre au Marathon de la Danse». De cette expérience il garde un excellent souvenir, et c’est volontiers qu’il renouvellerait son mandat de bénévole. Il ajoute que le bâtiment de la SICLI investi par Antigel pour ses soirées se prête parfaitement à ce type d’événements, «il faudrait exploiter davantage ce lieu magnifique!».   En prenant un peu de hauteur, Antigel c’est aussi l’occasion d’inverser la circulation du public. Un choix assumé de faire sortir les Genevois du centre pour les emmener en périphérie, et le succès de cette édition prouve que le pari se tient. Au-delà de son offre culturelle, le festival soulève une question éminemment politique. À quand un décloisonnement des budgets permettant de fluidifier la programmation de ce type d’événement ? On se met alors à rêver d’une caisse intercommunale pour faire vivre et redécouvrir le patrimoine genevois en le dépoussiérant et l’inscrivant dans l’histoire contemporaine.

Car si les communes ont joué le jeu du partenariat, le fait que chaque subvention se doit d’être employée dans sa commune d’attribution se révèle être un véritable casse-tête. Sans compter que rien ne garantit une participation généreuse de la Loterie Romande. Concurrence entre festivals ? Eric Linder martèle: «Antigel n’est pas un festival de plus. Antigel est le festival le plus adapté à ce qu’est devenu le spectacle aujourd’hui. [..] Nous avons investi une niche, alors que d’aucuns donnaient l’entreprise pour impossible. Le projet Antigel est éminemment politique. En nous alliant aux communes, nous interrogeons l’avenir de la culture à Genève, son rayonnement international. En 2012, Antigel a assis son identité.» 

Next ?
Interrogée à ce sujet Thuy-San confirme que l’identité du festival sera renforcée par la poursuite de certains projets en leur apportant des améliorations, «nous n’avons pas encore trouvé la bonne formule, ce qui nous laisse de nouvelles perspectives à explorer». Elle respire, cette édition fut intense par sa programmation, son côté épique et ses rebondissements. «Nous avons vraiment eu des difficultés financières pour monter le festival cette année. Les bénévoles nous ont été d’un grand secours, ils ont grandement enrichi cette édition par leur engagement et leur personnalité. D’un autre côté, nous avons du repousser certains projets à contrecœur. J’espère sincèrement que nous pourrons les présenter l’année prochaine.» Le mot de la fin ? «This is it! Et à l’année prochaine pour de nouvelles aventures dans le patrimoine genevois.»

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Submitted by sandbp on Wed, 15/02/2012 - 18:56