Angoulême 2012 a tiré sa révérence jusqu’à l’année prochaine : ce qu’il faut en retenir

Cette année, c’est le vainqueur de l’édition 2011, Art Spiegelman (l’homme qui a entre autre fait MAUS et un nombre incalculable de couvertures du New Yorker) qui a, comme le veut la tradition, présidé cette nouvelle édition du festival. A cette occasion, une somptueuse rétrospective de son œuvre a été présentée. Vous l’avez manquée ? Qu’à cela ne tienne, elle arrivera à Beaubourg le 21 mars prochain ! Comme je le dit souvent : à vos agendas !

A la surprise générale, le grand vainqueur de cette édition 2012 est le discret Jean-Claude Denis, l’homme qui créa voilà plus de 35 ans le personnage de Luc Leroie, antihéros décalé et désinvolte ayant quelques soucis avec les femmes. Une victoire sous le signe de l’élégance et qui annonce pour l’édition 2013, le retour d’un style plus intimiste et littéraire. Mais alors que son nom est sur toutes les lèvres, n’oublions pas que la patte d’Art Spiegelman aura bien marqué ce festival de son emprunte en favorisant un style qui lui est familier : la BD reportage. Notamment avec le prix du meilleur album décerné au Québecois Guy Delisle, pour son très bel ouvrage « Chroniques de Jérusalem », qui raconte une année de vie quotidienne en Israël, dans les territoires occupés.

Issu de l’underground américain, Art Spiegelman ne pouvait pas mettre de côté la BD alternative. Parmis les trésors de la sélection officielle, retenons « Les Amateurs » de Brecht Evens, qui avait déjà d’ailleurs remporter le prix de l’audace l’année passée pour son premier album, « Les Noceurs ». Cette année, il nous présente une critique pleine d’humour sur le monde de l’art contemporain. Deux cent vingt pages entièrement réalisées à l’aquarelle et à la gouache. L’imaginaire l’emportant souvent sur le rationnel, chaque petite case est un tableau dans lequel on se laisserait bien vivre.

Autre découverte, « TMLP» …..mais?!…qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire?! "Ta mère la pute" (vous ne l’aviez pas venu venir celle là )! Plus qu’un moyen de faire le mariol en librairie, cet album de Gilles Rochier qui a remporté le prix révélation, évoque avec justesse et simplicité les souvenirs doux-amères d’une adolescence passée dans les cités où, dit-on, à la nuit tombée certaines mères de famille se prostituent.

Enfin, si l’insomnie vous guette ces prochains jours ou si vous êtes coincé sur votre canapé terrassé par le froid sybérien qui sévit sur la ville, profitez-en pour dévorer « Fables nautiques » de Marine Blandin et « Le dernier des Cosmonautes » d’Aurélien Maury deux albums qui étaient également en compétition pour le prix révélation et qui méritent le détour ! Le premier regorge de mystères, le second invite à la rêverie. Bien que très différents, ces deux albums sauront vous tenir en haleine et vous faire oublier la grisaille.

Ce que l’on peut dire du palmarès de ce dernier festival d’Angoulême, est qu’il aura su se montrer exigeant mais surtout varié. En étant l’opposé d’Art Spiegelmann, beaucoup craignent le retour d’un certain classissisme en ayant choisi de décerner le grand prix du festival à Jean-Claude Denis. Saura-t-il transmettre un héritage aussi varié que celui que nous laisse son prédécesseur ? La question reste ouverte…

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Submitted by amelia on Mon, 13/02/2012 - 23:31